SCENE IV SANTIERNE, FANNY
FANNY, prête à sortir
Vous savez, vous n'êtes pas prudent, Santierne; on vous entendait de l'escalier.
SANTIEFNT. ovr-'- un gesk résigné Bah!
FANNY
Je ne serais même pas étonnée que Sazy eût surpris votre conversation. Elle est descendue il y a cinq minutes, s'est arrêtée, est remontée. Je vous préviens; soyez sur vos gardes!
SANTIERNE, même jeu Bah!
FANNY Comme vous prenez la chose légèrement!
SANTIERNE
Je suis devenu fataliste, Fanny, depuis trois mois qu« je mène la vie que vous savez. Je le disais justement à la personne qui était là tout à l'heure; il arrivera ce qui doit arriver; je suis à l'avance résigné à tout.
FANNY
Qu'est-ce que la vie vous a donc fait pour que vous la traitiez avec cette indifférence?
SANTIERNE
Rien de nouveau; seulement je ne puis plus me passionner pour elle; je la connais trop.
FANNY
Et puis, vous êtes prisonnier d'une situation un peu... spéciale... Ça ne vous réjouit pas autrement...
SANTIERNE
Oh! je pourrais très bien m'en évader, si je voulais... Tenez, la preuve. (// tire une letire.) Un magazine de
New- York m'ofc cinq milk dollars pour écrire me? mémoires... Mon aventure a fait du bruit dans le monde... Je suis, paraît-il, là-bas, sensationnel et attractif, très exciiing, comme ils disent.
FANNY Vous allez accepter, j'espère?
SANTIERNE
Vous espérez à blanc, Fanny... Ça m'a déjà assez ennuyé de vivre pour mon compte; je ne vais pas recommencer pour le compte des autres, peut-être. Et puis, je vais vous faire un aveu... (Confidentiellement.) Je n'ai jamais su l'orthographe.
FANNY, même jeu
Mol non plus, vous savez.
SANTIERNE, même jeu
Je ne vous en veux pas.
FANNY, s'assey^ant près de lui
Pukque vouâ êtes dans les confidences, avôuô/. donc que vous aimez Sazy.
SANTIERNE J'avouerai, si vous y tenez.
FANNY Vous êtes toujours jaloux d'elle.
SANTIERNE
J'ai été jaloux, j'ai eu ce tort, ce grand toit; mab qu'est-ce que vous voulez; on n'est pas maître de ces choses-là. Aujourd'hui...
FANNY^ ic rapprochant
Vous ne connaissez toujours pa5... son fameus béguin?
Non; mais, progrès, je n'ai plus aucune envie de le connaître; ça m'est tout à fait égal.
FANNY Vrai?
SANTIERNE
Ai-je en ce moment l'air d'un homme qui triche?
FANNY
Ma foi non! Dites-m.oi, vous connaissez l'histoire du petit jeune homme et des cent mille francs?
SANTIERNE Fable. A peu près.
FANNY
Gorgeron a fini par y aller de la commandite. Une bagatelle de cent mille francs! Faut-il que Sazy soit adroite, hein?
SANTIERNE
Faut-il! D'ailleurs, vous le savez, j'ai toujours eu pour elle une admiration voisine de l'effroi.
FANNY
Le plus joli, c'est qu'elle lui en veut, maintenant, à ce satané jeune homme, de tout le mal qu'elle s'est donné pour lui; cette histoire lui a fait faire trop de mauvais sang! Elle n'aime pas être longtemps embêtée.
SANTIERNE
Elle a raison. Quand on s'appuie un Gorgeron, on a droit à quelque tranquillité, d'àutre part.
FANNY
Comment voulez-vous qu'elle soit tranquille? Il lui faut trop d'hommes autour d'elle. Tenez! des Bornettes aurait pu s'éprendre d'une autre femme en son absence; improbable, mais possible après tout. Elle Ta sommé de venir s'installer ici, à Montgeron. de louer une villa orès de la sienne. De cette façon, elle le surveille en douceur, le dresse en liberté, le mûrit pour le jour où il prendra la banque... quand il y aura une suite... Elle est i^raiment très forte.
SANTIERNE
Je vous dis, je comprends que l'on soit fou de cette femme-là.
FANNY
Et Jack? Vous avez l'air d'aimer beaucoup ce petit?
SANTIERNE
Beaucoup. Je m'imas^ine que je l'ai eu de Sazy dans le temps. Ça m'émeut. Tout hom^me a dans son cœur un papa qui som.meille, voyez-vous. Le mien ne dort plus que d'un œil en ce moment.