SCENE XII SAZY. SANTIERNE, habillé, prêt à partir
SANTIERNE Oij vont-ils? pourquoi s'éloignent-ils?
SAZY, à mi-voix Pour que feu ne Iwr fassds pas tes aditux.
santîerne;
Ilf ne veulent pas que je parte?
SAZY
Il n'y a pas qu'eux qui ne veulent pas.
SANTIERNE Vraiment?
5AZY Faut-il te 1« jurer?
SANTIERNE
Non. Je n'ai pas besoin de ce serment pour être sûr qu'il n'y a ici que deux êtres que tu aimes, Jack et moi. Les autres, ah! les autres!...
SAZY, tendrement
Riquet, charge-toi de Jack; élève ce petit, comme si nous l'avions eu ensemble autrefois. Veux-tu?
SANTIERNE, après un temps
Je ne demande pas mieux. Je n'ai plus guère que cela à faire dans la vie. Ma sagesse ne peut plus être utile qu'aux petits qui sont des têtes folles.
SAZY, presque timidement
Et aux grandes qui sont des âmes folles. Je me sens disposée à t'aimer énormément, Riquet, pour tout le temps que nous avons perdu, par ma faute, depuis que je t'ai retrouvé. Seulement ne me froisse plus; ne m'irrite plus; ne souris plus quand je suis mal à l'aise. (Un temps.) Et puis, ne sois plus jaloux.
SANTIERNE
Oh! et de qui? (Confidentiellement,) C'est hi qai le sera de moi désormais, j'espère.
SAZY, riant
Voy#z-vcus ce fat! Parce qu'il m'a embrassée tout à l'heure de force, il s'imagine, tout de suite... Le plus ennuyeux, c'est qu'il dit vrai, le misérable! Il m'a bien embrassée... comme autrefois. Le croirais-tu? Ton baiser m'a tout à coup rajeunie de dix ans! J'ai retrouvé sur tes lèvres îe goût de toute ma jeunesse, la première! C'est pas honnête de prendre les femmes comme ça, en les faisant s'attendrir sur elles. — Ecoute ; pourquoi as-tu dit tout à l'heure que tu ne m'aimais plus?
SANTIERNE, gentiment
Pour que tu sois sûre du contraire.
SÀZY
Alors tu m'aimeras beaucoup, n'est-ce pas? Ça me fera tant de plaisir. Je croirai que nous ne nous sommes jamais quittés et que c'est toujours autrefois. Je vais te dire pourqT:oi il faut que tu m'aimes beaucoup. {Plus bas,) Je ne l'aime plus, lui, l'autre, ton ennemi, l'homme des bleus; il m'ennuie. Depuis que j'ai fait sa fortune, je n'ai plus aucune envie de le voir; comprends-tu cela?
SANTIERNE
Oui, tu en avais assez; tu t'en es débarrassée par la reconnaissance.
SAZY
Ecoute encore; tu sais, j'ai menti tout à l'heure; je ne t'ai jamais trompé du temps où tu me servais de Gorgeron; j'étais encore trop jeune pour t'en vouloir d'acheter mes caresses et je te les donnais, comme si je les avais prises à un autre pour te les donner. Je suis gentille de te dire cela. Tu ne le mérites pas.
SANTIERNE
Tu sais bien que je le mérite, Sa^y, puisque depuis que je t'ai connue, je n*ai pas cessé de t'aimer. Seulement, maintenant que tu veux bien me payer de retour, tu trouveras bon que je n'accepte plus de toi d'autre rétribution. J'ai l'honneur cette fois de te donner 'mes huit jouis... et toute ma vie, si tu veux.
SAZY Et de quoi vivra«-tu?
SANTIERNE
Figure-toi, un éditeur américain m'offre cinq mille dollars pour écrire mes mémoires. C'est une somme. Je vais câbler que j'accepte. Il était dit que je ne mourrais pas sans avoir travaillé. Quelle époque!
SAZY
Tu vas me faire jouer un rôle dans tes mémoires, j 'espère?
SANTIERNE Tu pdafcô» bien!
SAZY Et lequel?
Le beau rôle, parbleu!
SAZY, l'embrassant
Tu es un amour!
SANTIERNE
Je suis un amAUt; ça n'est pas tout à fait la m«££kf <^QS€, mais cmt déjà bien gwitil.