‹ Théâtre completChapitre 46 sur 78 · MOR.A.IN · texte numérisé non relu

MOR.A.IN

Oui, mais pas par-dessous. Ça m'humilie de ne pas être au diapason, et cela peut me créer des complications.

CLOTILDE Tu as peur que je ne t'en demande autant.

MOR.'MN Dame !

HELLOUIN

Rassurez-vous, mon brave Morain, mon cas est exceptionnel. Lucienne est plus jeune que moi de près de vingt ans. J'ai à l'oublier; j'ai surtout à le lui faire oublier. S'il fallait pour cela sacrifier toute la fortune que 1*» papa Hellouin m'a gagnée dans ses filatures du Nord, je la donnerais d'un coup, avec reconnaissance. Voilà l'homme que je suis.

MORAIN

C'est-à-dire un mari déplorable.

HELLOUIN

Je ne dis pas.

Je proteste.

Tiens I

CLOTILDE

MORAIN HELLOUIN

Aussi, cette petite Lucienne, il me la faut heureuse, à tout prix. Lorsque quelque chose cloche, la mine, les yeux, le sourire, d'abord je m'en aperçois tout de suite et aussitôt je m'en veux; j'ai le sentiment que c'est de ma faute, que j'ai été maladroit, que je suis le dernier des serins et des égoïstes, et j'ai vaguement l'impression d'être coupable.

MORAIN

Et allez dont! Pourquoi pas erirainel pendant que vous y êtes?

HELLOUIN

Mais oui, mon cher, presque criminel! C'est que, voyez-vous, elle est mon unique, ma constante préoccupation; je n*aime qu'elle et je l'aime de toutes les façons possibles : comme un amant, comme un mari, comme un ami et aussi conmie un papa. C'est ma femme d'abord, et en même temps, c'est ma gosse. Elle est même le seul enfant que j*aie eu d'elle. Vous comprenez si j'y tiens!

MORAIN

Vous savez, à ce degré-là, ça se soigiie,

HELLOUIN

Mais non, je ne veux pas guérir de ma folie. J'y perdrais trop; €î puis, entre nous, elle %'aut bien les vôtres.

CLOTILDE

Malheureusement, elle est moins contagieuse.

MORAIN

Elh! eh! Ça n'est pas sûr... Aussi, je m'éloigne, je vais m'habiller. La prudence... Vous m'attendez Hellouin?

HELLOUIN

Dix minutes. J'ai rendez-vous à l'Hippique.

MOR.\IN C'est en face.

HELLOUIN Oui, mais à trois heures et demie. Et il est le quart.

MORAIN

Je puis vous accompagner, sans Indiscrétion?

HELLOUIN

Certes. Je dois y retrouver Landelle.

CLOTILDE, singulièrt Ah!

HELLOUIN

Est-ce que par hasard?...

MORAIN

Non! non! Seulement, il est bizarre... Voilà un monsieur!... Il est venu cet été aux Chablettes. Vous vous rappelez?

HELLOUIN

Parfaitement.

MORAIN

Eh bien, pendant un mois, six semaines, on ne voit que lui... Pluie de fleurs... loges pour les théâtres... enfin le compagnon de tous les dîners et de toutes les sorties; et puis, brusquement, bonsoir, disparu, envolé, plus personne! Don Caprice lui-mêm.e. Un peu trop caméléon pour notre goût, pas Clotilde?

Clotilde ne répond pas.

HELLOUIN

Enfin, vous n'êtes pas fâchés?

MORAIN

Pour cela? A Paris? Vous ne voudriez pas... Je reviens dans l'instant» comme disaient nos pères.

HELLOUÎN Oui. Eh bien, n'oubliez pas qu'un de leurs fils est

pressé.

Moram sort

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