‹ Théâtre completChapitre 47 sur 78 · SCENE m CLOTILDE, HELLOUIN · texte numérisé non relu

SCENE m CLOTILDE, HELLOUIN

HELLOUIN Il y a quelque temps déjà, n'est-ce pas, que vous n'avez pas vu Lucienne?

En effet!

HELLOUIN

Oui, je sais, elle n'a pas eu de chance avec vous. Elle est venue plusieurs fois vous voir, sans avoir le plaisir de vous rencontrer.

CLOTILDE. interdile

C'est cela.

HELLOUIN, souriant

Soit dit sans reproches, vous sortez beaucoup cette année, ma chère Clotilde.

CLOTILDE, souriant Peut-être.

HELLOUIN

Ce n'est pas gentil ; vous négligez vos amie«, du moins vos amies anciennes.

CLOTILDE, souriant Croyez-vous?

HELLOUIN

Je ne «rois pas; je suis sûr; je sais, par «ùwaplc, qu« vous voyez beaucoup cette jeune cantatrice russe,

CLOTILDE Polonaise, mon cher.

HELLOUIN Ce n*e5t donc pas la même chose?

CLOTILDE, i^ouTiant Pas tout à fait!

Soit... cette jeune Polonaise donc, qui a eu tant de succès dans les salons, cet hiver...

CLOTILDE Elle a beaucoup de talent.

HELLOUIN

Peut-être, mais surtout elle e«t étrangère, et iei...

CLOTILDE

Ne continuez pas sur ce ton, je vouî en prie, vous me désobligez!

HELLOUIN Pardon.

CLOTILDE

J'ai, en effet, une grande amitié pour elle, mais j'ai pour Lucienne une affection autrement forte et je ne suppose pas qu'elle en ait pris ombrage.

HELLOUIN Non, non... elle m'avait parlé de tout cela très sira-

pleraent, et c'est moi qui, je ne sais pourquoi, peut-être parce que je suis plus jaloux pour elle de ses amies qu'elle ne l'est elle-même, c'est moi qui me suis permis stupidement... si, si... stupidement, de vous taquiner. Encore une fois, pardon.

CLOTILDE, riant C'est maintenant que vous êtes stupide!

Elle lui offre des bonbons.

Et vous, charmante... D'ailleurs, je vais, je vais, et j'oublie le principal. Lucienne m'a chargé pour vous d'un« Commission.

CLOTILDE, cmtic Ah!

HELLOUIN

Oui, si vous êt«s libre, elle viendra vous voir tout à l'heure, et restera une partie de l'après-midi avec vous,

CLOTILDE, à mi-voix

Enfin! (Haut.) Je serai très, très contente de la voir. Certainement, je vais l'attendre. Je ne sortirai pas de la journée.

HELLOUIN

Cela ne vous dérange pas, au moins?

CLOTILDt:

Vous plaisantez!... et quand cela me dérangerait! D'ailleurs, rassurez-vous, j'aurais dû, de toute façon, être rentrée à cinq heures. J'ai rendez-vous avec... ma Russe.

HELLOUIN

G'eet ça. mcrqu«z-vou8 ! Je 1« mérite, {/I r^^m^.^ ^ montre,) Movain va me mettre en retsid.

iH CCEUR A CŒUR

CLOTILDE

Bah! LandelU attendra. D'ailleurs, ce ne doit pas être un homme çxact. (Indif&rence jouée.) EL«t-ce que vous î« Toyez beaucoup?

KELLOUIN

Je le vois. Beaucoup? non. Vous savez, j'ai de nombreux vices; j'explore l'antiquaire; j'écume l'Hôtel des Ventes; je déniche, je force le bibelot; d'autre part, je suis très sportif : je fais des armes, du tir, de la boxe, du golf, du tennis, du polo, du rowing...

CLOTILDE, riant N*en J€iez plus!

HELLOUIN

Il me reste finalenwnt très peu de temps pour les relations.

CLOTILDE

Landtllc n'est donc pas votre ami?

HELLOUIN

Au sens boulevardier, si, si. Il dîne chez moi de temps à autre; nous allons parfois au théâtre et nous soupons ensemble; nous nous rencontrons aussi au cercle et à la salle. Tenez, nous sommes assez exactement en traitement mondain à Paris; nous nous retrouvons dans la journée à la buvette de l'établissement et le soir au Casino. Voilà. Des baigneurs qui lisent le même journal et ont le même masseur, c'e«t assez ça.

«LOTILOE Enfin, vous ne l'aimez pas?

HELLOUîN, riani

D*amour? Non, je vous jure. Cela dit, il ne m« déplaît pas. II est d'excellente famille. Il est non seulement sporiman, mais sportif, nuance sympathique; grand coureur de femmes, soit! mais discret, ce qui est rare par le temps qui court. Son insolence lui donne quelque allure. Je le crois courageux. En tout cas, il est bien élevé, peu bavard, pas médisant. Eh! eh! ici, ce sont presque des qualités.

CLOTILDE

Négatives.

HELLOUIN

L'époque n'en accepte plus d'autres... Peut-on savoir la raison de cet interrogatoire?

CLOTILDE L'intérêt.

HELLOUIN

Que vous lui portez?

CLOTILDE Non, qu« je vous porte.

HELLOUIN

Vous n'avez pas l'air d'avoir pour Landelle une de ces passions?

CLOTILDE Non, certes.

HELLOUIN Et pourquoi?

CLOTILDE Pour rien.

HELLOUIN

Vous, vous avez à son sujet une arrière-pensée?

Non, ne cherchez pas. Il n'a pas ma sympathie, voilà tout.

HELLOUIN

Eh! mais! c'est très grave.

CLOTILDE Oh!

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