‹ Théâtre completChapitre 55 sur 78 · ERNEST · texte numérisé non relu

ERNEST

Mais oui, monsieur Sylvain.

SYLVAIN Tant mieux, Ernest.

Sort Ernest

LUCIENNE, versant Fort?

SYLVAIN

Turc. Je prends le thé comme le café, turc... d'une force de dix pachas.

LUCIENNE Et sucre?

SYLVAIN

Un sirop. Trois morceaux. Merci. Choisis par votre délicieuse petite main, ils vont sucrer double. Quel sirop I Une rondelle. Je remue; je bois. Oh! le bon thé! Encore, merci! encore, merci! encore, merci!

// lui embrasse la main,

Vous n'avez pas fini de faire le fou?

Vous n'avez pas fini de faire la jolie? Voyons, com*

ment vous exprimer, moins... moins tumultueusement ma reconnaissance? Aimez-vous les potins?

LUCIENNE Non.

SYLVAIN

Vous êtes la seule. Alors quelques petites anecdotes sur vos contemporains et contemporaines?

LUCIENNE

Merci. Je n'en use pas.

SYLVAIN

Pourquoi, Seigneur?

LUCIENNE

Je ne suis pas curieuse.

SYLVAIN

C'est un vice. La curiosité est un défaut, mais l'absence de curiosité est un vice. Comment faites-vous?

LUCIENNE

Je n'aime ni dire du mal des autres, ni en entendre dire, et je souhaite qu'on me rende la pareille.

Quel enfantillage et quelle imprudence! Si l'on vous sait ipofîensive, vous êtes une victime désignée. Enfin, comme il vous plaira. Vous êtes libre, ^uors, vrai, vous vous désintéressez de ce qui se passe?

LUCIENNE

Presque... Ou du moins, je ne m'intéresse qu'à ce qui me concerne, moi pu mes amis.

SYLVAIN

A la bocne heure I C'est déjà ça!

LUCIENNE

Oh! ne vous réjouissez pas trop vite! j'ai si peu d'amis. A part CIotiMe, votre beau-frère...

SYLVAIN Et moi, j'espère!

LUCIENNE Bien entendu.

SYLVAIN

Et Landeile? A propos, je l'ai rencontré tout à l'heure à l'Hippique avec votre mari. Vous avez oublié le sieur Landeile; un gage.

LUCIENNE

Pas DU tout. J'allais le nommer quand vous m'avez interrompue, as^ez im-poliment, d'ailleurs, pour parler de vous.

SYLVAIN

Et je Bi'«n félicite, car vous l'auriez nommé avant moi.

Il y a des chances.

SYLVA I?vl

Et ça m'aurait vesé.

LUCIENNE Vrai?

SYLVAIN

A'^rai. Je suis un bon garçon, mais je ne suis pas une grande âme.

LUCIENNE OK! non!

SYLVAIN

Qh! non, comme vous interjectez si bien. D'ailleurs, si j'avais une belle âme, qu'est-ce que j'en ferais, je vous le demande? C'ect un article qui n'a plus cours. Allons! je le reconnais, il est tout naturel que Landelle me soit préféré; il est moins papillon que moi,

LUCIENNE

Papillon ou hanneton?

SYLVAIN

Ça, c'est rosse. Landelle est un régulier, un chronique; il est fait pour l'amitié et même... Nous parlions mariage tout à l'heure. Tenez. En voilà un qui fera un mari excellent !

LUCIENNE

Je n'en doute pas.

Oh! c'est couru! Je m'y connais en hommes. Celui-là, je vous le garantis sur facture. A eu trente-six aventures. Un peu sur les boulets aujourd'hui. Préfère ne pas les traîner. Mûr peur une fin prochaine. îl nous épatera tous, ce gaillard-là, vous verrez, et peut-être plus tôt qu'on ne pense.

LUCIENNE, tiquant

Ahf Est-ce que?... est-ce qu'il y aurait des anecdotes le concernant?

SYLVAIN

Parbleu. Pourquoi pas? Comme tous les camarades.

LUCIENNE Vraiment?

SYLVAIN Tiens! tiens! On dirait que cela vous intéresse >

LUCIENNE, indifférence jouée

Ça m'amuse. Je vois Landelle très souvent. Je voudrais bien être au courant. Je le taquinerais.

SYLVAIN

Chère amie, ce que vous faites en ce moment n'est pas très chic. Vous vous offrez ma tête. Je ne suis pas assez jeune, vous pensez bien, pour croire que vous n'êtes pas informée! Non, non, je vous préviens... ça ne prend pas... vous ne me ferez pas marcher.

LUCIENNE Mais... je vous assure... je ne sais rien.

SYLVAIN Bien vrai?

Bi«n vrai!

SYLVAIN Oh! mais alors, moi, je me muselle.

LUCIENNE Mon petit Sylvain!

SYLVAIN Je ne veux pas être indiscret. J'ai horreur des potins.

LUCIENNE

Ça, par exemple, ce serait trop fort. Vous vous tairiez juî^te une fois, et exprès pour nie contrarier. Allons, Sylvain, tout de suite la petite ki«toir« eu je me fâche.

SYLVAIN

£k là! eh iàl calmez-vous. Mais promettez-moi que vous ne direz pas de qui vous la tenez.

LUCIENNE, en>ec impatience

C'est promis.

SYLVAIN

D'ailleurs, que vous l'appreniez par moi ou par un autre !

LUCIENNE, avec impatiencç

N'est-c« pas?

SYLVAIN

Vous l'apprendrez toujours.

LUCIENNE, avec impatience Sûrement.

SYLVAIN Aujourd'hui ou demain.

LUCIENNE, avec impatience

Mieux vaut aujourd'hui.

SYLVAIN

Et autant que ce soit par moi.

LUCIENNE, très énervée

Mais allez donc, allez donc! Vous me faires languir!

SYLVAIN

Oh! vous savez, ce n'est encore qu'un bruit, qu'une rumeur; mais il n'y a pas de fumés sans feu, et le feu aurait pris dans le cœur de notre Landelie. On le prétend fort amoureux d'une jeune personne avec qui les amours ne peuvent avoir que le dénouement matrimonial, lequel

d'ailleurs, n'aurait rien de déplaisant, car elle est, paraît-il, jolie, intelligente, artiste, et ce qui ne gâte rien, confortablement riche. Cette jeune personne, ^encore fille et des plus vierges, assure-t-on, est une étrangère. De son côté, elle en pincerait ferme pour notre Landelle. Enfin, ce serait une idylle, une idy...i...ille, et voilà tout. Ça vous amuse,» hein?

LUCIENNE, très pals

Beaucoup. Et comment s'appellerait l'héroïne?

SYLVAIN

Ah! ma foi, un nom à coucher dehors plutôt qu'avec. Oh! Pardon! Vous ne connaissez que ça, d'ailleurs, Molska! Tolska!...

LUCIENNE, crvec effoTt

Anna Holska.

SYLVAIN

Comme vous dites. Mais ce n'est pas tout. On va plus loin. On les prétend déjà fiancés secrètement.

LUCIENNE, avec effort

Allons donc!

SYLVAIN

Nous nageons dans le romanesque, ma chère. Le mariage se ferait cet été chez elle, dans ses terres. Voilà! Quo Vadis, Landelle? Où vas-tu? En Pologne, mon petit père. Vive la Pologne, mon vieux! C'est amusant, hein?

LUCIENNE

Trèsl

SYLVAIN Qu'est-ce que vous en dites?

LUCIENNE, cr\}ec effort

Mon Dieu! Ça n*est pas impossible! Rien n'est impossible, à Paris. Il s'y passe tous les jours des choses plus extraordinaires.

SYLVAIN Certes!

LUCIENNE Nous verrons peut-être ce mariagc-là.

Nous en avons vu bien d'autres.

LUCIENNE Seulement, si l'histoire est ^/raie, ce qui m'étonnerait...

SYLVAIN Moi pasi

LUCIENNE

Landelie serait impardonnable de nous avoir caché, à Jacques et à moi, un événement de cette importance.

SYLVAIN Il voulait peut-être voas faire une surprise.

LUCIENNE

Dans ce cas, il aurait réussi; mais vrai, je ne trouve pas ça gentil de sa part, et je le gronderai !

SYLVAIN

Et vous ferez bien. Vous, une amie intime! Quand on y réfléchit, c'est honteux! Tenez, tout léger que je suis, voilà une chose que je ne me permettrais psis et si jamais je me marie, vous en serez la premier* informée.

LUCIENNE

Vous me comblez! C'est que vous êtes un ami vrai, vous!

A ce moment entre Clotilde.

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