SCÈNE VIII LUCIENNE. SYLVAIN
LUCIENNE, gentiment
Eh bien, mon brave Sylvain; elle vous a bien arrangé.
SYLVAIN, mangeant des gâteaux
Et voilà plus de vingt ans que ça dure! Car j'ai vingtsept ans, pour vous servir; et Clotilde et moi, nous avons commencé très tôt à nous adorer, en nous mangeant le nez. Une grande sœur, vous savez, c'est insupportable. Ça joue à la maman; ça vous prend toujours pour le gamin qu'on prive de dessert. Pour un peu, ça vous moucherait et même pis... enfin!
n €vale une tasse de thé d'un trait.
LUCIENNE Sans citroTi?
SYLVAIN
Ma foi, €mil J'é*«iiâftis. J'en rspreodrai une aulre avec.
LUCIENNE
Un« autre que je -v^us verserai moi-même.
SYLVAIN
Vous êtes gentille, très gentille. Quel dommage qu'on se voie si rarement! On a beaucoup joué ensemble, quand on était tout petits! Vous vous rappelez? C'est navrant! A ime époque où ça ne pouvait pas être très agréable. Tandis que maintenant...
LUCIENNE
A qaî la faute, ]• vous prie?
SYLVAIN
A moi, éridemment. Je mène une vie d'idiot. Longchamp, Auteuil, Chantilly, le Tremblay, le Palais de glace, Maxim's, quand je pourrais...
LUCIENNE Vous marier.
SYLVAIN Par exemple.
LUCIENNE
Vous y avez pesai}
SYLVAIN Quelquefois. Les lendemains de... comment dir«i-je?... Il fait daqiter sa langue.
LUCIENNE De Champagne?...
SYLVAIN
C'est ça... De Champagne. J'ai le réveil triste. Alors, j'entends des orgues graves; je me vois dans uae é^Ii^ toute tendue de noir, au milieu d'un tas de gens qui me
sortent des condoléances. Je comprends tout. Je fais une fin; je me marie.
LUCIENNE, riani malgré elle
Vous êtes bete!
SYLVAIN
Je sais bien. {Entre Ernesi avec des rondelles de citron suv une assieiie.) Merci, Ernest! A la bonne heure! — - Ça va, Ernest?...