ARIANE, ACTE II, SCÈNE U
PHèORE.
Cruel, pourquoi chercher à croître mon supplice? M'accable-t-il si peu, qu'il y faille ajouter Les plaintes d'un amour que je n'ose écouter? Puisque mon fier devoir le condamne à se taire, Laissez-moi me cacher que vous m'avez su plaire. Laissez-moi déguiser à mes chagrins jaloux, [vous. Qu'il n'estpointd'heurpourmoi,pointderepossans C'est trop, déjà mon cœur à ma gloire infidèle, De mes sens mutinés suit le parti rebelle, U se trouble, il s'emporte, et, dès que je vous voi, Ma tremblante vertu ne répond plus de moi.
THÉSÉE
Ah ! Puisqu'en ma faveur l'amour fait ce miracle, Oubliez qu'une sœur y voudra mettre obstacle. Pourquoi, pour l'épargner, trahir un si beau feu?
PHÈDRE
Mais sur quoi vous flatter d'obtenir son aveu ? Sachantquevousm'aimez...
THÉSÉE
C'estcequ'îlluifaut taire, Sa fuite de Minos allume la colère, Pour se mettre à couvert elle a besoin d'appui ; Le roi l'aime, faisons qu'elle s'attache à lui, Et qu'acceptant sa main au défaut de la mienne. Elle souffre en ces lieux qu'un trône la soutienne. Quand un nouvel amour par hymen établi M'aura par Thabitude attiré son oubli.
Qu'elle verra pour moi son mépris nécessaire, Nous pourrons de nos feux découvrir le mystère. Mais, prêt à la porter à ce grand changement. J'ai besoin de vous voir enhardir un amant. De voir que dans vos yeux, quand ce projet méfiât- En faveur de l'amour un peu de joie éclate; [te, Que contre vos frayeurs rassurant votre esprit, Elle efîace...
PHEDRE
Allez, prince, on vous aime, il suffit. Peut-être que sur moi la crainte a trop d'empire, Suivez ce qu'en secret votre cœur vous inspire; Et de quoi que le mien puisse encor s'alarmer, N'écoutez que l'amour si vous savez aimer.