DON CÉSAR FAVALOS, ACTE I, SCÈNE U
Crois-moi, ron n'y saurait trop faire de façon; La chose est pour mon compte.
BÉATRIX
Hé, puisque c'est la mode, Ne songez qu'aux écus, c'est là le plus commode. Ooand les maris en ont, de quoi s'inquiéter? S'ils veulent être sots, il faut les contenter; Est-il si difficile?
ISABELLE
Ainsi, sans nul scrupule, Le bien te ferait prendre un mari ridicule. Un de ces obstinés dont rien ne vient à bout?
BÉATRIZ.
Vivent les gens d'esprit, ils se tirent de tout. Mais quand pour don César la crainte vous arrête, Dites, n'auriez-vous point quelqu'autre chose en ISABELLE [tête?
Moi I qui pourrais-je avoir? Est-ce que Ton me voit. . .
BÉATRIX
Hé, mon Dieu, le mal vient plus vite qu'on ne croit. Que saitrOD ? Depuis peu je vous trouve inquiète, De votre cabinet vous aimez la retraite, Sans moi, chez Léonor, vous allez fort souvent.
ISABELLE
Cest ma cousine.
BEATRIX
Elle est une tête à l'évent; Et, pour vous parler franc, vous auriez bien la mine D'avoir fait un cousin en cherchant la cousine.
ISABELLE
Qaoi, tu présumerais que j'aurais pu...
BÉATRIX
Ma foi, Si vous me le cachez, défiez- vous de moi, Je vais pour le savoir, mettre tout en usage ; Et si j'apprends sans vous... Vous rougissez? Gou- C'est bon signe. Enfin donc vous aimez? [rage,
ISABELLE
Moi, non pas.
Mais...
BEATRIX
Quelqu'un est épris de vos jeunes appas?
ISABELLE
Hé?
Poursuivez.
ISABELLE
Au moins, garde-toi d'en rien dire.
BEATRIX
Je ne sais rien encor. Ce quelqu'un qui soupire Est bien fait?
ISABELLE
L'air, le port, la taille, tout en plaît, Galant, spirituel, mais je ne sais qui c'est.
BÉATRIX
VousTignorez?
ISABELLE
Apprends l'aventure bizarre Qnim'expose aux chagrins que Pamour me prépare :
Un de ces derniers soirs étant sortie exprès Pour aller où cliacun aime à prendre le frais, Je marchais à pas lents avecque ma cousine, Quand un je ne sais qui d'assez mauvaise mine. Troublant notre entretien par de sots compliments, Nous ête la douceur de ces heureux moments. Sa poursuite obstinée allant à l'insolence. Un cavalier survient qui prend notre défense. Il repousse l'insulte, et d'un air peu commun, Met la main à l'épée, et fait fuir Timportun. Juge à quoi ce service engage une belle âme. Ce cavalier m'aborde, et d'un œil tout de flamme S'attachant fortement à me considérer, Me fait roffre d'un cœur que je fais soupirer. Cent discours obligeants secondent cet hommage. Que d'esprit! On ne peut en montrer davantage; Mais, la nuit survenant, nous rompons l'entretien. Lui sans dire son nom, moi sans dire le mien. Le reste au lendemain à même heure, au lieu même, Il me répond d'un feu qui va jusqu'à l'extrême, Et devant Léonor veut m'engager sa foi. Que jamais, quoi qu'on fasse, il n'aimera que moi. Je l'ai vu quatre fois, toujours même assurance D'un amour sans égal, d'une entière constance; Mon cœur contre sa flamme a peine à s'obstiner, Et voudrait être à lui, s'il osait se donner.
BÉATRIX
Qu'au moi ndre mot d'amour la j eunesse est crédule ; Ce diseur de beaux mots sait dorer la pilule ; Et si vous en croyez son doucereux jargon, Votre fortune est faite avec lui?
ISABELLE
Tout de bon !
Par tant de qualités il mérite qu'on l'aime... U est fort riche.
BEATRIX
Bon, c'est la richesse même; Il vous l'a dit, pourquoi ne l'en croiriez-vous pas? Pour noble, on l'est d'abord qu'on fait le fier-à-bras. Ce fut là son début?
ISABELLE
Mais quel mal en peut nattre, Puisqu'apprenant mon nom il se fera connaître?
BÉATRIX
Tenez-vous-en, de grâce, à votre époux futur, Avec lui l'abondance est pour vous un coup sûr, C'est là qu'il faut donner, le reste est bagatelle.