CAR UN
A moins que de l'ouvrir, dites-moi, comment diable L*aurais-je pu connaître? Elle est toute semblable. Voilà ce que nous vaut l'ardeur de voire amour. Vous nous faites partir une heure avant le jour. Sans savoir que la place avec vous était prise, J'entre dans voire chambre, et trouve une valise. Croyant que l'autre lit n'était point occupé, Je prends sans rien choisir; qui ne s'y fût trompé? Vous deviez m'avertir que vous aviez un hôle...
D. CÉSAR
Blâme mon imprudence, elle amoindril ta faute. La nuit s'avançait fort, lorsqu'on me vint prier De souffrir qu'en ma chambre on couche un cava- Je sais qu'elle est unique en celte hôtellerie; pier, Ma joie est d'obliger, et j'attends qu'on me prie. Pouvais-je au survenant refuser l'autre lit?
CARLIN
Ce voyageur nocturne a joué là d'esprit
Fait à trouver son compte au tour de passe-passe,
Sans doute, il a changé nos valises de place.
D. CéSAR*
Mais puisqu'il n'est parti que longtemps après CARLIN. [nous...
Hé, monsieur, il est tant de ces adroits filous. Qui toujours pour le monde observant des mesu- Tournent sur le hasard toutes leurs aventures, [res, Celui-ci, m'a-t-on dit, est un des plus rusés. Malaisé, si jamais il fut des malaisés. Il a mangé son fait, et, comme il ne subsiste Que par le don qu'il a de n'être pas fort triste, S'introduisant partout, partout faisant fracas, Quand il trouve à duper, il ne s'épargne pas.
D* CéSAR.
De tout ce que je perds par ce bizarre échange, Je ne regrette rien que mes lettres de change. A Séville d'abord j'ai mandé l'accident.
CARLIN
On vous y traitera de jeune, d'imprudent.
D. céSAR.
Il est vrai qu'il est peu de méprises semblables.
CARLIN
Mais au seul don Fernand ces lettres sont payables, A moins qu'il ne les signe, on n'en peut profiter ; L'avez- vous vu?
D. CÉSAR
Non.
CARLIN
C'est assez mal débuter.
Quoi, vous, l'époux futur de sa fille Isabelle, Vous n'allez pointchezlui?Laméthode est nouvelle, Vous veniez cependant tout échauffé d'amour.
D. CÉSAR
J'ai voulu, pour le voir, attendre ton retour.
Et qu'avez-vous donc fait depuis votre arrivée?
D. CÉSAR
J'ai rêvé.
CARLIN
La douceur est assez bien trouvée.
En auberge I Personne en ce lieu de repos Ne sait que vous soyez don César d'Avalos.
D. CÉSAR
La mort de don Fabrique à me cacherm'engige, Personne dans Madrid ne connaît mon visage; Et, quelque fort appui qu'on m'y doive prêter, Si j'avais dit mon nom, on pourrait m'arrèter. Avant que je l'avoue, il est bon que moD père Ait avec la partie accommodé l'affaire.
En tout cas, force amis doivent agir pour moi, S'il faut solliciter ma grâce auprès du roi.
CARLIN
Mais Enrîque est ici qui peut vous recoonattre, Vousêtesmal ensemble, ets'ilvousvoit paraître...
D. CÉSAR
Enrique a de l'honneur, je n'en dois craindre rieo, Quand il saurait l'affaire, il en userait bien, L'estime est entre nous plus grande que la baioe. J'avais cru ce matin ma précaution vaine; Un homme qui de près m'est venu regarder, > Surpris de ma rencontre, a voulu m'aborder. J'ai reculé pour être en état de défense, S'il prétendait user de quelque violence; Et ne comprenant rien à tout ce qu'il m'aà't, J'ai cessé d'écouter.
Rencontres de Madrid.
D. CÉSAR
Ah! Carlin, qu'il en est quelquefois d'agréables! Si tu savais...
CARLIN
Quoi?
D. CÉSAR
Mais...
CARLIN
Hé, de par tous les diables, Contez-moi sans prélude...
D. CÉSAR
Ah I J'en suis encbanlé.
C'est... Imagine-toi la plus rare beauté. Un teint, des yeux, la bouche... |
CARLIN
Et quelle est cette belle?
D. CÉSAR
Je ne sais.
GARUN.
N'oserait-on la regarder?
O. CÉSAR
ElleT Nous nous sommes parlé.
Faites-moi donc safoir. •
D. CÉSAR
Le jour de ton départ me promenant le soir J'aperçois un brutal qui chagrinait deux dame;