SCÈNE II LÉONARD, D. JUAN
LBONARO.
Te vous trouve à propos.
D. JUAN
Mes vœux sont satisfaits, Et rheur de vous servir fait mes plus grands sou- Qufi me commandez- vous ? [hails.
L^NARD, bas.
Ah, que c'est grand dommage Que cette lâcheté noircisse son courage, Et qu*uu homme sorti d'un sang dont on fait cas L'ose déshonorer par un crime si bas!
Qui le prendrait jamais pour voleur, à la mine?
D. JUAN, but.
D*où vicntqu'en parlant seuldesyeux il m'examine? Aurai t-iJ pu déjà découvrir notre amour, Et que, pour l'abuser, je feins un faux retour? 0 destin ! 0 fortune à me nuire trop prompte !
LÉONARD, bas.
Je ne puis me résoudre à le couvrir de honte : Parlons-lui, mais feignons de croire seulement Que de quelque autre main il tient mon diamant.
Pour vous dire en deux mots le sujet qui m'amène, C'est pour certain bijou dont je suis fort en peine; On me vient d'assurer qu'il est entre vos mains.
D. JUAN, bas.
Qu'en peu de temps le sort renverse mes desseins !
LÉONARD, bas.
Le voilà tout courus.
D. JUAN, bas.
Que je suis misérable!
LÉONARD
Je suis fort éloigné de vous croire coupable. Mais la main seulement de qui vous le tenez.
D. JUAN, bas.
Qu'à me persécuter les cieux sont obstinés I
LÉONARD
Non, je ne doute point, quoi qu'on m'ait voulu taire. Que qui vous l'a donné n'ait eu droit de le faire : Vous n'avez pas besoin de vous justifier. Je ne vous blâme point.
D. JUAN
Je ne puis le nier.
J'ai votre diamant, et veux bien vous le rendre.
(// lui rend le diamant,) Mais sans doute, monsieur, on tâche à vous surfit si la vérité doit ici s'exprimer, [prendre; Je suis le seul coupable, et le seul à blâmer.
(Bus.) Plutôt mourir cent fois que d'accuser Lucrèce.
LÉONARD, bas.
Plus je cache son crime, et plus il le confesse.
. l). JUAN.
Oui, de ce procédé moi seul j'ai tout le tort.
Et vous dire autre chose est faire un faux rapport.
LÉONARD, bas.
A quel point son erreur le séduit et l'abuse 1 Je tâche à l'excuser et lui-même s'accuse.
D. JUAN
Je vous le dis encor, quand je pris ce dessein...
LÉONARD
Contre la vérité vous disputez en vain.
Elle ne vous peut nuire, encor que je la sache.
D. JUAN
Puisque vous la savez, en vain je vous la cache, Et veux dissimuler en cette occasion.
Je le confesse donc à ma confusion.
Mon vol est trop hardi^ je suis un téméraire; Mais si mon crime est tel qu'il puisse vous déplaire. Pour ma défense au moins sachez que malgré moi D'un astre dominant j'ai reconnu la loi. Dont la nécessité m'a mis dans la contrainte De vous donner enfin juste sujet de plainte : Si le peu que je vaux me défend d'espérer, Par vos bontés, monsieur, j'ose vous conjurer...
LÉONARD
Non, non, je ne suis point un juge inexorable. Je connais trop de quoi la jeunesse est capable. Et que l'occasion force la volonté.
D. JUAN
Puisque vous l'excusez avec tant de bonté, Pour me justifier autorisez mon crime, Rendez de mes erreurs la cause légitime. Et daignez consentir qu'à Lucrèce demain. En qualité d'époux, je donne enfin la main.
LÉONARD, bas.
A ma fille? A quel droit ose-t-il y prétendre?
D. JUAN. [dre.
Faites-moi grâce entière en m'acceptantpourgea- J'aimai toujours la gloire; et si j'ai peu de bien. Au moins suis-je d'un sang qui ne redoute rien : Mon mal, sans ce remède, ira jusqu'à l'extrême.
LÉONARD, bas.
Est-il dans son bon sens, ou suis-je fou moi-même ? Rêvé-je, ou se peut-il qu'il parle tout de bon? Trouvant trop de péril au métier de larron. Aux dépens de mon bien il veut se rendre sage, Et m'ose demander ma fille en mariage.
0 le plus plaisant fou qui jamais se verra! Qu'il vole, qu'il dérobe autant qu'il lui plaira, Sans me désobliger il peut se faire pendre. Mais qu'il n'espère pas être jamais mon gendre.
(Haut.)
Allez, je vous promets, quoique vous m'ayez dit...
D. JUAN
Votre fille, monsieur?
LÉONARD
Le secret, il suffit.
Adieu.