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CIRCÉ, ACTE I, SCÈNE IL

PALÉMON

Soupirez donc toujours, la matière est bien ample,

Quand un rival en est le fondement.

Sylla, vous le savez, regrette Mélicerte, Pour ce prince thébain son cœur est enflammé.

GLAUCUS

Oui, je sais qu'il en est aimé,

Et c'est la cause de ma perte.

Mais enfin, tout à coup, disparu de ces lieux, Sans l'avoir préparée aux chagrins de l'absence,

Par ce départ injurieux

Il semble qu'à mon espérance Il abandonne un bien si précieux.

Il me faut ménager un temps si favorable.

Ainsi, je veux pour fléchir sa rigueur, Lui jurer tout l'amour dont le plus tendre cœur

Se soit jamais trouvé capable; Et si les vifs transports d'une si belle ardeur La laissent à mes vœux toujours inexorable.

Je ferai briller à ses yeux L'honneur que j'ai reçu d'être au nombre des dieux. Peut-être que déjà la nymphe Galatée, Qui sait tout le secret de mon déguisement. Aura nommé Glaucus à Sylla pour amant; La chose entre elle et moi s'est ainsi concertée,

Pour découvrir son sentiment; Et pour peu que d'un dieu Thommage l'ait flattée, Si comme prince enfin je me vois sans espoir, Parlant comme Glaucus, j'aurai quelque pouvoir. Ce n'est pas qu'il soit sûr qu'elle veuille se rendre,

Il est d'orgueilleuses beautés

Qui font gloire de se défendre

De l'amour des divinités.

Apollon autrefois fut l'amant le plus tendre. Et l'offre de son cœur soumis, passionné, Ne put toucher la trop fière Daphné.

PALÉMON

Mais à quand découvrir que le prince de Thrace Cache en vous ce Glaucus que l'on ne connaît pas?

GLAUCUS

Laisse à ma flamme encor rendre quelques combats; Malgré ce que je souffre à voir Sylla de glace, Je perds ce que l'amour a de plus doux appas, Si Glaucusdansson cœur peutseulmedonner place.

PALÉMON

L'être divin, sans doute, est un grand bien. Le privilège en est commode; [mode,

Mais pour moi, je voudrais qu'au moins ce fût la Que les dieux pussent tout, et ne souffrissent rien.

C'est l'arrêt du sort, nous ne sommes, En matière de passions, Que ce qu'ici-bas sont les hommes; Et si des transformations Les miracles nous sont possibles.

L'heur d'être plus ou moins sensibles Ne suit pas nos intentions.

Par nous les volontés ne sont jamais forcées; Et quand l'amour nous a touchés,

Pénétrer dans les cœurs, lire dans les pensées,

Sont droits qui nous sont retranchés.

Il est bon, après tout, qu'une telle impuissance, Laissant craindre et douter, irrite le désir, L'incertitude anime l'espérance; Et nous aimerions sans plaisir.

Si nous n'aimions qu'avec pleine assurance De ne trouver aucune résistance Dans Tobjet que l'amour nous aurait fait choisir.

PALÉMON

Comme je n'aime pas la peine, J'y serais, je l'avoue, un peu moii^s délicat;

Et quoique vaincre sans combat

Ne soit pas pour une âme vaine

Un triomphe de grand éclat, J'aimerais à trouver la victoire certaine.

Témoin les belles que voici, Dont chacune avec moi prend différente roule;

Je vois la fière sans souci,

Et je ne fais le radouci

Qu'auprès de celle qui m'écoute.

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