‹ Théatre completChapitre 1138 sur 1461 · SCÈNE V FLORISE, DORINE, ASTÉRIE · texte numérisé non relu

SCÈNE V FLORISE, DORINE, ASTÉRIE

FLOBISB.

Circé doit préparer un charme d'importance, Foisqu'en cette montagne elle a voulu chercher Les herbes qu'elle-même elle vient d'arracher. Et dont l'entière connaissance Est un secret qu'elle aime à nous cacher.

ASTÉRIE

Seraitrce que déjà lasse de sa conquête, Au prince Mélicerte elle manque de foi.

Qu'à s'en défaire elle s'apprête.

Et qu*elle cueille ici de quoi

Le métaunorphoser en bête ?

DORINB.

C'est de tous ses amants le déplorable sort.

Après les plus fortes tendresses

Dont elle est prodigue d'abord, Ud état mille fois plus fâcheux que la mort.

Devient le fruit de ses promesses.

A8TBRIB.

Voiries uns transformés en loups.

Les autres d'un lion endosser la figure, C'est une terrible aventure.

DORINB.

Ne vaudrait-il pas mieux qu'à quelqu'une de nous, Qaand Circé d'un amant a juré la disgrâce, Elle cédât les vœux dont l'offre l'embarrasse?

ASTERIE.

Pour moi, je verrais sans courroux, Si dans son cœur Mélicerte s'efTace,

Qu'il me vint faire les yeux doux ; Et je sens je ne sais quel mouvement jaloux De ce qu'un autre objet le rend pour moi de glace.

DORINB.

Ainsi, ma sœur, vous croyez bonnement,

S'il pouvait à Circé devenir infidèle.

Que vous rengageriez à quelque attachement?

ASTÉRIE

Et ne suis-je pas assez belle Pour mériter son adoucissement?

FLORISE

Pour moi, je vous admire, et ne vois pas comment Écouter des douceurs peut donner tant de joie. C'est bien du temps perdu que celui qui s'emploie A tourner sur le tendre un fade sentiment ; Et je ne sache rien...

ASTÉRIE

Ma sœur, c'est vainement Que votre pruderie avec nous se déploie;

A quoi bon ce déguisement !

Vous décriez l'amour, et pensez autrement, Car enfin votre cœur est fait comme le nôtre ; Et s'il vous venait un amant.

Vous le prendriez comme une autre.

DORINB.

En voici pour nous à choisir.

Trois satyres ici viennent pour nous surprendre. Comme sans nul péril nous pouvons les entendre,

11 faut s'en donner le plaisir.

FLORISE

Vous n'en craignez point l'insolence 7

ASTÉRIE

Circé n'est qu'à dix pas de nous, Et nous aurons par elle une sûre vengeance, S'ils méritent notre courroux.

FLORISE, DORINE, ASTÉRIE, troU SATYRES.

PREMIER SATYRE

Vous n'échapperez pas; nous vous tenons, les belles.

FLORISE

Ah, ma sœur I

DEUXIÈME SATYRE

Contre nous vos efforts seront vains, Le seul moyen de sortir de nos mains.

C'est de n'être pas trop cruelles.

ASTÉRIE

Vous êtes d'accommodement.

Encore est-ce pour nous une assez bonne affaire. Çà, regardons ce qu'il faut faire.

Mais, surtout, poiqt d'emportement.

PREMIER SATYRE

Il faut vivre pour nous, et chercher à nous plaire.

ASTÉRIE

U est bon de savoir comment.

Avec vous volontiers, en nous prenant pour fem- Nous irons habiter les bois. [mes,

TROISIÈME SATYRE

C'est bien notre affaire à tous trois.

PREMIER SATYRE

S'il ne tient qu'à cela, l'hymen joindra nos âmes; Voici celle dont je fais choix.

CIRCÉ, ACTE I, SCÈNE Vin.

DEUXIÈME SATYRE

Ne te hâte point tant, c'est celle A qui je veux donner ma foi.

PREMIER SATYRE

rai parlé le premier, je l'aurai.

DEUXIÈME SATYRE

Bagatelle.

Tu préteods me faire la loi?

PREMIER SATYRE

C'est un arrêt donné sans retour.

TROISIÈME SATYRE

J'en appelle.

PREMIER SATYRE

Tu t'en veux mêler?

TROISIÈME SATYRE

Et pourquoi Vondrez-vous tous deux la plus belle, Étant tous deux plus laids que moi?

DEUXIÈME SATYRE

Je suis plus laid? Voyez sa mine, Mal figuré, trapu, courtaud.

TROISIÈME SATYRE

A cause de sa taille, il veut le porter *iaut ; Mais qu'il approche, il est d'une odeur fine A mettre le cœur en défaut.

ASTÉRIE

C'est pousser ti*op loin la querelle ; Je sais pour la finir un moyen glorieux. Celui des trois qui chantera le mieux.

Choisira de nous la plus belle.

PREMIER SATYRE

D'accord.

DEUXIÈME SATYRE

Je le veux bien.

TROISIÈME SATYRE

Rien ne peut être mieux.

PREMIER SATYRE

Silence à ma chanson nouvelle.

Page 1