‹ Théatre completChapitre 114 sur 1461 · SCÈNE V LÉONOR, JACLNTE · texte numérisé non relu

SCÈNE V LÉONOR, JACLNTE

JAQNTK.

n meurt d'amour pour vous, vous le croyez encore?

LÉONOR

Lorsqu'il me traite mal» c'est alors qu'il m'adore.

JACINTE

D'un autre feu lui-même il se confesse épris.

LÉONOR

Cest exprés qu'il affecte un si cruel mépris;

Il feint, et ne me donne un peu de jalousie, [saisie: Que pour mieux voir l'amour dont mon àme est Je vois ce qu'il prétend, et j'en crois don Fernand.

JACINTE

Si j'ose avec franchise en parler maintenant. Ce fameux astrologue à fourber est grand maître. Et par son procédé vous le pouvez connaître : Ne vous y fiez point, quoi qu'il vous en ait dit; Épris d'une autre ardeur, don Juan vous trahit : En doutez-vous encore, et sans Irop de faiblesse Pouvez-vous ignorer qu'il adore Lucrèce ? Don F^ope vous l'a dit.

LÉONOR

Don Lope m'est suspect; Tu sais pour son ami qu'il n'a plus de respect. Qu'il me parle d'amour sans craindre ma colère. Le rapport d'un rival est rarement sincère; Et quoi qu'à don Juan il lâche d'imputer, J'ai toujours lieu de craindre, et sujet de douter.

SCÈiNE VI D. LOPE, LÉONOR, JAaNTE.

D. LOPE

Ne doutez plus, madame, et croyez qu'au contraire Le rapport de don Lope est un rapport sincère. Mon amour, quoiqu'extrême, écoule la raison ; Je ne vous prélends point par une trahison; Je n'ai ni le cœur bas^ ni l'âme intéressée; Et bien loin d'avoir eu jamais celle pensée, Quand j'ai cru don Juan à vos charmes soumis, Qu'ai-je fait? Qu'ai-je dil? Que me suis-je permis? D'un silence obstiné j'ai suivi la contrainte. Je me suis défendu même jusqu'à la plainte; El si quelque soupir m'échappail quelquefois. Comme un enfant mal né je le désavouais : Mais puisque d'un ami l'indigne indifférence Me permet aujourd'hui de vanter ma conslance, Souffrez que je découvre aux yeux qui m*onl charmé Le beau feu qu'en mon âme ils avaient allumé. Et qu'un fâcheux respect me contraignait de taire Jusqu'à m*être moi-même à moi-même contraire Vous parler pour un autre, et faire mon effort Pour hâter un hymen dont j'attendais la mort.

LÉONOR

Quoi, vous m'avez dit vrai? Don Juan n'est qu'un D. LOPE. [traître?

Un violent amour de son cœur est le maître.

LÉONOR

Il me quitte?

D. LOPE

Peut-êlre il vous quitte à regret; Mais par son propi-e aveu je trahis son secret.

LÉONOR

Et pour Lucrèce enfin l'ingrat m'est infidèle?

D. LOPB.

Encor tout maintenant il vient d'enlrer chez elle»

LE FEliNT ASTROLOGUE, ACTE V, SCÈNE VIIL

LKONOK.

Puis-je m'en assurer?

D. LOPE

Je l'ai vu de mes yeux.

LÉONOR

0 le plus lâche amant qu'on ait vu sous les cieuxl Ne nous aveuglons plus, punissons son offense, Qu'il nesoilpluspourmoiqu'unobjetde vengeance. Don Lope, m'aimez-vous?

D. LOPE

Madame...

LÉONOR

Suivez-moi, Léonor est à vous, je vous promets ma foi ; Mais pour servir ma haine, et venger mon injure, Je ne vous la promets que devant ce parjure. Méprisant son amour, et vous donnant la main. Je veux qu'il se repente, et se repente en vain, Qu'il me voie à regret entre les bras d'un autre. Que son bonheur détruit établisse le vôtre, Et que perdant l'espoir dont il s'ose flatter. Il regrette ce cœur qu'il n*a su mériter.

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