CIRCÉ, FLORISE, DORINE, ASTÉRIE
CIRCÉ, à Florise.
Allez dire au prince de Thrace, Que s'il veut me parler, je vais l'attendre ici.
(A Astérie.)
Et vous, par qui la joie en tous lieux trouve place, Préparez quelque voix dont la douceur efface Les chagrins que lui cause un amoureux souci.
CIRCÉ, DORINE
DORINE
Quand pour faYoriser l'ardeur qu'il a de plaire ^ Tobjet inhumain qui confond son espoir. Vous employez votre pouvoir.
S'il m*est permis de ne rien taire, Je crains bien qu'en vous laissant voir, l^ous-mème n'empêchiez ce que vous pensez faire. ^08 yeux n'eurent jamais un si brillant éclat, Pour le prince déjà ma pitié s'en alarme ; Tout ce qu*a la beauté de fin, de délicat...
GIRCé.
routdc bon, trouves-tu que mes yeux...
DORINE
C'est un charme.
CIRCE
Te parais-je touchante; et si dans cet état A quelque cœur altier je vais livrer combat. Penses-tu que je le désarme?
DORINE
N'en doutez point; pour moi, je ne le cache pas. Quand mes plus tendres vœux offerts à quelque
[belle, M'auraient par cent serments soumis à ses appas. Dès que je vous verrais, je serais infidèle.
aRGÉ.
J'ai l'affront cependant, et tu m'en vois rougir. Que le prince m'ait vue, et ne m'ait point aimée. L'ardeur de le toucher a beau me faire agir,
Sylla seule en est estimée; Sylla l'occupe tout, et s'il pousse un soupir. C'est Sylla qui Tarrache à son àme charmée. Je l'ai quitté d'abord pour lui donner le temps
De réfléchir sur ma rencontre ; Mais en vain à ses yeux de nouveau je me montre, Le nom de ce qu'il aime est tout ce que j'entends; Et quand Sylla par moi devrait être effacée, Sylla plus que jamais règne dans sa pensée.
DORINE
J'avais cru qu'exprès avec lui Vous aviez suspendu le pouvoir de vos charmes.
GIRGÉ
Non, Dorine, et par là juge de mon ennui.
Si mes yeux sont de sûres armes.
Pour l'attaquer, j'en ai cherché l'appui. Ils n'ont pu rien , ces yeux, à qui je dois la gloire
De m'assujettir tous les cœurs; Ils m'ont sur Méiicerte obtenu la victoire.
Lui pour qui, si je l'en veux croire.
Cette même Sylla n'eut jamais de rigueurs; Et le prince de Thrace aurait seul l'avantage
De ne pas soupirer pour moi ?
Non, non, il me viendra soumettre son hommage.
C'est une indispensable loi
Dont il n'est rien qui le dégage.
Mon art de sa fierté sera victorieux.
Je viens de m'en servir pour être plus aimable; Et c'est de là que vient cet éclat redoutable
Que tu vois briller dans mes yeux.
Non que le prince à tel point m'ait charmée.
Que la douceur d'en être aimée Ait de quoi plus longtemps mériter mes désirs. Ses peines seulement à mon cœur seront chères ;
Et je mettrai tous mes plaisirs
A lui voir perdre des soupirs
Que j'aurai rendus nécessaires.
DORINE
Et dans cet imprévu revers.
Que deviendra l'amoureux Méiicerte?
GIRGÉ
Qu'il reprenne ses premiers fers, Es le pourront consoler de ma perte.
Pourquoi quand par le temps l'amour est abattu, Opposer la constance au dégoût qui l'accable,