SCÈNE V CIRCÉ, MÉLICERTE, DORINE
MÉLICERTE
Enfin vous voilà de retour, [même,
Vous, ma princesse, en qui je vis plus qu'en moi- Je vous avais perdue. Hélas, qu'un demi-jour
A passer sans voir ce qu'on aime.
Est un dur supplice à l'amour I
Depuis que vous êtes rentrée, En vain j'ai fait deux fois le tour de ce palais, Toujours votre retraite a trompé mes souhaits.
Vous ne vous êtes point montrée.
Consolez-m'en, de grâce; et puisque tous mes soins
Regardent celui de vous plaire...
CIRCÉ
J'avais cherché ce lieu pour rêver sans témoins. Laissez-m'en la douceur, elle m'est nécessaire Contre certains chagrins que j'attendais le moins.
MÉLICERTE
De cet accueil que faut-il que j'augure? L'orage est prêt à s'élever ; De la foudre déjà j'entends le sourd murmure, Madame...
ClRCÉ.
Je ne sais ce qui peut arriver; Mais qui n'a jusqu'ici demandé qu'à rêver, Ne vous a pas fait grande injure.
MÉLICERTE
Me le demandiez-vous, quand vos désirs contenu Renfermaient votre joie au plaisir de m'entendre? Plus je cherchais à vous faire comprendre Jusqu'où...
aRGÉ.
Chaque chose a son temps; Puisque vous l'ignorez, je veux bien vous î'apprea-
MÉLICERTE. [àtt.
Ainsi je ne suis plus ce trop heureux amant^ Dont l'amour semblait seul être digne du vôtre; Vous allez oublier son tendre emportement, Et ce qu'il eut pour vous de flatteur, de charmant, Vous le sentirez pour un autre.
CIRCÉ
L'amant qui veut empêcher Un changement qui Tirrite, S'y prend mal de reprocher Que pour un autre on le quitte.
Sans se montrer alarmé De la peur qu'on ne préfère Un rival plus estimé, Qu'il trouve toujours à plaire.
Il sera toujours aimé.
MÉLICERTE
Je suis pour vous toujours le même, Toujours la môme ardeur vous répond de ma foi;
Mais que peut cet amour extrême, A moins que votre cœur ne soit toujours pourmoit
CIRCÉ
S'il est vrai que malgré l'outrage
Que recevront vos feux jaloux, L'intérêt de mon cœur à vous quitter m'engage; S'agissant de me faire un sort heureux et doux,
A qui de mon cœur, ou de vous,
Dois-je déférer davantage?
MÉLICERTE
Ah I Puisque vous étiez capable de changer, Pourquoi m'avoir tiré de mes premières chaînes?
Le poids m'en paraissait léger; Et ravi que l'amour m'en eût voulu charger, J'ignorais qu'en aimant il pût être des peines. M'enlevant en ces lieux, vous m'avez malgré moi
Fait à Sylla manquer de foi...
CIRCÉ
Vous lui pouviez être fidèle, Mais c'est un feu facile à rallumer.
MÉLICERTE
Que je cesse de vous aimer I Ah, plutôt...
CIRCÉ
Non, suivez l'amour qui vous appelle; Sylla vaut ce retour, elle est jeune, elle est belle, Sait mieux que moi l'art de charmer.
Et je ne suis rien auprès d'elle.
MÉUCBRTE.
Faites donc que les dieux affaiblissent ces traits Qui nous offrent en vous leur plus brillante image. Rien n'est capable ailleurs d'attirer mes soabaiu;