SCÈNE VI CmCË, SYLLA, DORINE
SYLLA
Ne TOUS étonnez point, madame, de me voir Mettre en vous tout l'espoir que mon malheur me
Je sais quel est votre pouvoir, [laisse.
Et que si la pitié pour moi vous intéresse.
Vos bontés n'auront qu'à vouloir
Pour finir l'ennui qui me presse.
J'aime; avec moi tant d'autres ont aimé. Que l'on doit faire grâce à l'ardeur qui m'anime;
Et quand l'amour serait un crime.
On s'est à l'excuser si bien accoutumé, Qu'on ne reprocherait à mon cœur enflammé Qu'un faible que l'usage a rendu légitime. Je ne vous dirai point sur quels flatteurs attraits Du prince qui m'aima je partageai la flamme. L'hommage qu'il m'ofifrit méritait mes souhaits,
El je laissai toucher mon âme
Au plus beau feu qui fut jamais.
Mais enfin, sur le point qu'un heureux hyménée Des soins qu'il me rendait allait être le prix...
cmcé.
Le seul nom de Sylla m'a d'abord tout appris ; C'est assez, je connais quelle est sa destinée. Mélicerte parti sans vous en consulter...
SYLLA
Oui, c'est de là que naît le trouble qui m'agite. S'il s'est vu malgré lui forcé de me quitter.
Dites-moi quels lieux il habite, Et rien pour le revoir ne pourra m'arrêter. Que si son changement a causé sa retraite
Pour me dégager d'un ingrat.
Arrachez-moi du cœur cette flamme indiscrète A qui je n'ai déjà soufl*ert que trop d'éclat. Voilà ce qui m'amène, et sur quelle espérance
J'ose recourir à votre art.
CIRCÉ
Prenez sur Mélicerte une entière assurance.
Quoiqu'à ne voir que l'apparence.
Vous ayez pu trouver du crime en son départ,
Je vous réponds de sa constance.
SYLLA
Ah ! Puisqu'il me garde sa foi.
Pour le trouver, madame, où faut-il que je vole?
ancB.
Et le prince de Thrace?
SYLLA
Il soupire pour moi ; Mais il n'est rien que je n'immole Au beau feu dont je suis la loi ; Et, s'il espère encor, c'est un espoir frivole.
CIRCÉ
Demeurez dans ces sentiments;
Et pour prix d'une ardeur si belle.
Je vais vous faire voir Mélicerte fidèle
Dans les plus vifs empressements Que vous puissiez attendre de son zèle. Suivez-moi.