SCÈNE VII GLAUCUS, QRCÉ, SYLLA, PALÉMON, DORINE
GLAUCUS
Quoi, toujours vous me fuyez ainsi, Belle ingrate?
SYLLA
Quelle surprise!
Voir le prince de Thrace ici?
GLAUCUS
Écoutez-moi, de grâce, et d'un œil adouci Regardez un amant que sa flamme autorise...
CIRCÉ
Quelle est votre témérité.
Prince? Quoi, vous avez la coupable insolence D'étaler à mes yeux un amour qui m ofl*ense. Un amour qui déjà n'a que trop mérité
Une redoutable vengeance?
CIRGÉ, ACTE m, SCÈNE VIL
GLAUCUS
Pouvez-vous nommer crime un amour où toujours
Mon cœur a mis toute sa gloire?
El pour vous avoir voulu croire
Sur cet infaillible secours Qui devait à ma flamme assurer la victoire,
Ai-jedû mériter de vous Les transports où me jette un aveugle courroux? Voyez Sylla, madame, et la voyez pourvue De tout ce qui jamais fut en droit de charmer.
JeTaimais quand je vous ai vue, Est-il en mon pouvoir de ne la plus aimer? J*en ai trop cru l'inutile promesse
Qui m'a fait vous suivre en ces lieux. Votre art devait forcer l'obstacle injurieux Que sa rigueur oppose à ma tendresse.
Il me devait rendre aimable à ses yeux ;
Peut-être un changement semblable Aurait à votre gloire ajouté quelque éclat. Vous pouvez tout encor, mon cœur n'est point in- Et vous savez de quoi je suis capable [grat.
Pour rompre un injuste attentat.
Songez-y de grâce.
SYLLA
Ah! Madame, Vous laissez-vous séduire contre moi ?
Et pour favoriser sa flamme,
Me forçant à manquer de foi Voulez-vous au parjure abandonner mon âme?
CIRCÉ
Non, n'appréhendez rien ; si de votre rigueur Je me suis engagée à lui faire justice. Je ne l'ai prétendu que par le sacrifice
Que je lui faisais de mon cœur.
Il l'ose refuser, je le vois avec honte. Quand je le cacherais, ma rougeur vous le dit;
Et si mon amour interdit Ne souffre pas ma vengeance aussi prompte Que la demande un violent dépit.
Elle en est plus à craindre, et peut-être il suffit Qu'en pouvoir l'univers n'a rien qui me surmonte.
STLLA.
Prince, je ne vaux pas les malheurs que je crains, Voyez-en le péril et rentrez en vous-même. Oubliez qui vous fuit, pour aimer qui vous aime, Et faites-vous enfin raison de mes dédains. Un seul mot peut calmer l'orage qui s'apprête.
GLAUCUS
Moi, qu'aux dépens d'un feu qui s'augmente tou- Je cherche à garantir ma tête [jours»
Du fier éclat de la tempête Qui vous fait trembler pour mes jours ? Qu'elle gronde à ]oisir,bien loin queje m'en plaigne J'aimerai d'autant plus à me trouver surpris
Des malheurs qu'on veut que j'en craigne, Que pour tout autre objet n'ayant que du mépris, L'amour que j'ai pour vous semble augmenter de Par les périls que je dédaigne. [prix>
Ce tendre emportement ne peut-il mériter
Que pour moi la pitié vous touche? N*adoucira-t-il point cette rigueur farouche? Et quand un peu d'espoir commence à me flatter,
Ne sauriez-vous ouvrir la bouche.
Que ce ne soit pour me l'ôter?
CIRCÉ
Joindre sans cesse outrage sur outrage; Tombe la foudre sur ces lieux, Et puisse par un prompt ravage, La flamme dévorant ce palais à ses yeux, Lui faire en même temps craindre et senlirma rage.
SYLLA
Ah ! Prince, redoutez ce que peut son courroux,
Et voyez mieux ce que vous faites.
Ne l'en tendez-vous pas dans son transport jalooi Presser les éléments...
CLAUCUS.
Non, madame, où vous êtes, Je ne vois, je n'entends que vous ; C'est l'effet de votre présence,
GlRCé.
Quoi, la terre, le ciel, tout est sourd à mes cris; Et voyant à toute heure avorter ma vengeance, L'ingrat par de plus fiers mépris.
Triomphe de mon impuissance ?
Que me sert que du sang des dieux Avec éclat le destin m'ait fait naître, S'il me faut endurer qu'un lâche audacieux Confonde, en me bravant, la gloire de mon être? Mais de noires vapeurs obscurcissent les deux, L'airse trouble, et pour moi ce sontd'heureuxprésr Soutenez mon espoir, dieux, qui le connaissez, [ges.
(On voit paraître en l'air plusieurs nuages, qui «'étant ramusés pour enfermer Circé et Sylla, leur donnent Uea à Ibb» et l'autre de se dérober aux yeux de Olancos. Ensaite k nuage s'ouvre et se dissipe des deux côtés du théAtra.)
GLAUCUS
Qu'espérez-vous de ces nuages
Dans l'air par le vent dispersés ?
Ce sont pour vous de faibles avantages, Mais tout à coup je les vois ramassés,
Ils renferment Sylla. Madame, Des charmes de Circé n'ayez aucun effroi,
Son art ne tient point contre moi; Accordez seulement quelque espoir à ma flanune, Et je dissiperai... Mais qu'est-ce que je voi?
Le nuage s'ouvre, il s'envole, Et Sylla, ni Circé... Quel pouvoir absolu
Rend le mien contre elle frivole?
PALÉMON
Pour cette fois vous manquez de parole, Et la magie a prévalu.
GLAUCUS
Dorine.
DORINB,
Qui d'un mot fait descendre les nues, A quelque pouvoir dans son art.
GLAUCUS
Vois ce qu'elles sont devenues.
CIRCÉ, ACTE m, SCÈNE IX.
DORINB.
Je Tais chercher Circé ; mais, à parler sans fard,
Ses Tengeances me sont connues,
Vous y passerez tôt ou tard.
L'amour seul vous en peut défendre, Je TOUS en donne avis, c*est à vous d*y songer,