SCÈNE V
DOaiNE, ASTÉRIE, FLORISB.
ASTÉRIB, à Doriue, Ah, ma sœur, savez-vous quelle est notre surprise?
DORINB.
J'en viens de voir assez pour me l'imaginer; Mais apprenez qu'un dieu parmi nous se déguise,
Et cessez de vous étonner.
Celui qui passe ici pour le prince de Thrace,
C'est Glaucus, à qui dans sa cour Parmi les dieux marins Neptune a donné place.
Vous connaissez l'objet de son amour; Vous en a-t-on appris la funeste disgrâce?
FLORISB.
Quoi, qu'est-il arrivé ?
CIRCÉ, ACTE V, SCÈNE Vn.
DORINB.
J'en tremble encor d'horreur.
Par un supplice épouTaniable Sjlla vient d'éprouver tout ce qu'en sa fureur L'amoar qu'on brave trop, a de plus redoutable. Glaucus dans le jardin rendait grâce à Circé D'avoir fait que pour lui Sylla devint sensible,
Quand vers eux d'un pas empressé, Aiecque cette Nymphe autrefois inflexible,
Mélicerte s'est avancé.
Sor Glaucus dont Sylla reçoit d'abord l'hommage,
Il jelle un regard furieux. Et tout rempli de la secrète rage kles Toir à Tenvî l'un et l'autre à ses yeux le donner de leur flamme u n tendre témoignage, i s'emporte, il menace, il accuse les dieux, Et demandant raison de cet outrage, lejette sur Circé le changement fatal
Qui fait triompher son rival. \ Srcé ne fait sur lui qu'étendre sa baguette,
D devient arbre au même instant, laos le tronc qui l'enferme il murmure, on l'entend; If&aYoit le prodige, et tremblante, inquiète. Semble prévoir le malheur qui l'attend.
Brcé, pour apaiser ce qu'elle prend d'alarmes, iiifait connaître un dieu caché dans son amant.
Et par un prompt éloignement, la laisse en liberté de goûter tous les charmes ht doit avoir pour elle un si doux changemenL léffioiQd'un tendre amourquipossédaitleursàmes, tesrigueurs de Circé je murmurais tout bas, ie n'être favorable à de si belles flammes. Ne pour livrer Glaucus à de plus durs combats. Quand tout à coup... Hélas! Comment vous dire îB que j'ai peine encor moi-même à concevoir? De source s'élève, et Teau qu'elle fait choir ijanl enveloppé Sylla qui se retire, ^ Glaucus, comme à moi, la rend hideuse à voir.
Ce n'est plus cette Nymphe aimable or qui le ciel versa ses plus riches trésors, tes monstres par ce charme attachés à son corps, ont de leurs cris afl*reux un mélange effroyable, N)nirhorreur à Sylla tient lieu de mille morts, lie s'en désespère, et sa disgrâce est telle, lii'en vain Glaucus s'efforce à lui prêter secours; «charme a commencé de faire effet sur elle,
U n'en peut plus rompre le cours.
I se plaint, il s'afflige, et si de sa vengeance Jrcé voulait se rendre elle-même témoin, ans doute elle aurait peine en ce pressant besoin ne pas... Mais vers nous, je la vois qui s'avance.
CIRCÉ, DORINE
CIRCB, à Fhriie et Astérie»
aissez-nous Tune et l'autre. Hé bien, Dorine, enfin , Al-je assez rétabli ma gloire?
DORINB.
Triompher du pouvoir divin, C'est emporter la plus haute victoire.
Mais, madame, Sylla...
CIRCR.
Quoi, Sylla?
DORINB.
Dois-je croire Que vous ne plaigniez pas son malheureux destin?
CIRCB.
Elle méritait peu ce que j'ai fait contre elle; Mais alors qu'on se venge on n'examine rien, Et fût sa peine encor mille fois plus cruelle, Je doute que son cœur souffre autant que le mien. Pour haïr, oublier un ingrat qui m'outrage, J'ai beau de ses dédains me peindre la fierté, J'ai beau m'en faire une honteuse image,
Malgré toute l'indignité Des refus où pour moi ma rivale l'engage, Mon cœur est plus à lui qu'il n'a jamais été. Je le l'ai déjà dit, Vénus sur moi se venge De ses feux par mon père autrefois découverts, Et puisque sous ses lois l'Amour exprès me range,
Plus d'espoir que mon destin change.
Sans cesse, malgré moi, je traînerai mes fers. Tout ce que je puis faire en l'état déplorable Où me réduit un feu dont j'ai trop cru l'appas. C'est de cacher si bien le tourment qui m'accable.
Que Glaucus n'en jouisse pas.
Le voici qui vers moi précipite ses pas, Voyons de quoi sa douleur est capable.