CIRCÉ, ACTE V, SCÈNE VIII
GIRCÉ.
Vous réduire à cette impuissance^
C'est faire tort à la divinité.
Mais vous n'ignorez pas ce qu'il faut que je pense, De ce que vous pouvez j'ai fait l'expérience,
Et sais ce qu'il m'en a coûté.
J'ai vu deux fois mon art contre vous inutile,
Deux fois par vous mes projets avortés De surprise à vos yeux m'ont laissée immobile ;
Et pour Sylla vous vous épouvantez ?
Montrez dans sa disgrâce une âme plus tranquille,
Le prompt effet qui suit vos volontés.
Pour changer son destin vous rendra tout facile.
GLAUCDS.
Ah ! Cessez d'insulter aux ennuis d*un amant
Qui frémit de votre vengeance. [sance
Contre moi, contre undieu vous manquez de puis- Et je puis d'un seul mot détruire en un moment.
Ce qu'une crédule espérance Offrirait pour me nuire à votre emportement. Mais le destin vous rend maltresse de vos charmes, Quand cen'estqu'unmortelqu'attaque leur pouvoir; Et si dans le malheur où Sylla vient de choir Je puis soulager mes alarmes Par quelque faible ombre d*espoir, U n'est plus qu'à vous émouvoir.
De la seule pitié j'emprunte ici les armes. De grâce renoncez à vos transports jaloux ; Et pour laisser calmer leur aveugle furie, Songez que deux amants n'espèrent que par vous. Qu'ils veulent vous devoir leur bonheur le plus doux. Et que c'est un dieu qui vous prie.
CIRGÉ.
Il n'est rien qu'on ne doive aux dieux, Et sur nos volontés leurs droits si loin s'étendent. Qu'à leur moindre prière on se tient glorieux
D'accorder tout ce qu'ils demandent; Mais comme entre eux et moil'amourrendtoutpa- Quand vous m'avez refusé votre hommage, [reil,
Songiez-vous que par cet outrage
C'était la ÛUe du Soleil
Dont vous aigrissiez le courage ?
Tout entier à Sylla vous aviez dédaigné
D'adoucir, de flatter ma peine.
Contre vous, à mon tour, tout entière à ma haine, J'ai suivi ses transports, et n'ai rien épargné Pour rendre ma vengeance et sensible et certaine. Mes vœux ont réussi, vous souffrez, et pour moi
C'est un plaisir que rien n'égale.
Allez aux pieds de ma rivale Par de nouveaux serments signaler votre fol.
Un temps si long perdu loin d'elle Ne se peut réparer que par un prompt retour. Courez, on vous attend, faites bien votre cour, Et recevez le prix de cette ardeur fidèle Qui vous a fait dédaigner mon amour.
GLAUCUS
D*un outrage forcé me faites-vous complice, Et connaissant l'être divin,
Aurez-vous toujours l'injustice De m'imputer ce qu'a fait le destint Quand d'Europe, d'Io, de Sémélé, d*Alcmène, L'amoureux Jupiter a chéri les appas.
Dépendait-il de lui de ne soupirer pas. Et pour toucher leurs cœurs eût-il pristantde peine, Si le sien libre à s'enflammer Eût pu se défendre d'aimer?
C'est de cet ascendant la fatale puissance Qui vers Sylla m'entraîne malgré moi.
Obéir au destin qui m'en fait une loi. Est-ce avoir oublié ce que votre naissance Vous pouvait faire attendre de ma foi?
Si j'ai par mes refus excité la colère Qui contre ce que j'aime arme votre rigueur, Songez que ce n'est point un crime volootiire, Et que si je pouvais disposer de mon cœur, Ce cœur mettrait tous ses soins à vous plaire. crncB.
Non, Sylla les a mérités ; Et comme la raison éclaire enfin mon âme,
J'estime trop une si belle flamme, Pour vouloir mettre obstacle à vos félicités. Jouissez d'un amour qui, ferme, inviolable, Ne finira qu'avec ses jours.
Mon art vous en est responsable ; Et s'il ne faut qu'en prolonger le cours Pour rendre plus longtemps votre bonheur danblei Vous êtes sûr de mon secours,
GLADGUS.
Achevez, inhumaine, et par cette menace, Montrez qu'on peut braver les dieux impaDémenl D'un triomphe si fier je vois le fondement. Le Soleil est d'accord de tout ce qui se passe;
Et ce fatal enchantement Qui me fait de Sylla déplorer la disgrâce, A votre cœur altier souffrirait moins d'audace
S'il n'appuyait votre ressentiment; Mais tout change, et peut-être ai-je sujet d'atteoèi Après une si noire et lâche trahison... [preodrej Ciel,qu'ai-jeencoreàcraindre,etquevientrODiD'a|