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SCÈNE V LA œMTESSE, LE MARQLIS, VIRGINE

LE MARQUIS

Madame, je vous trouve un air sombre, rêveur; n me gêne^ il m'alarme, et cependant je n'ose

Permettre à mon amour d'en demander la cause. Peut-être, quand mon cœur s'attache tout à vous. Le vôtre cherche ailleurs des hommages plus doux. Vous ne répondez point? Je le vois trop, madame, Unautrefeu,sansdoute,estcontraireàma£lamme:

Malgré ce que le temps m'a dû prêter d'appui. C'est l'Inconnu qu'on aime, et vous pensez à lui.

LA GOMTESSB.

Vous l'avez deviné. Ses galantes manières Si propres à gagner les âmes les plus Hères, M'obligent tellement qu'à ce qu'il fait pour moi Un peu de rêverie est le moins que je doi ; Je puis me la souffrir sur tout ce qui se passe.

LE MARQUIS

Quoi, madame, un rival...

LA COMTESSE

D'un ton plus bas, de grâce.

S'il m'occupe l'esprit, vous devez présumer Que c'est pour le connaître, et non pas pour l'aimer. Après ce que pour moi ses soins marquent de zèle, La curiosité n'est pas fort criminelle; Et vous-même déjà vous auriez dû tâcher D'éclaircir le secret qu'il aime à nous cacher.

LE MARQUIS

Je vous l'éclaircirais ! Promettez-moi, madame. Que votre main sera l'heureux prix de ma flamme; Et pour le découvrir, je fais ce que je puis.

LA COMTESSE

Cherchez à me tirer de la peine où je suis, Vous me ferez plaisir, et je vous le conseille.

LE MARQUIS

Est-il contre un amant injustice pareille? Si rinconnu par moi se découvre aujourd'hui, Voudrez-vous point encor que je parle pour lui? Qu'en faveur de son feu le mien vous sollicite? Il peut, je le confesse, avoir plus de mérite, A l'ardeur de ses soins donner un plus grand jour; Maisjamais, quoi qu'il fasse, il n'aura plusd'amour.

LA COMTESSE

Je le veux croire ainsi ; mais puis-je avec justice De son attachement vous faire un sacrifice, Avant qu'avec lui-même une civilité Marque au moins que je sais ce qu'il a mérité?

Le détour est adroit autant qu'il le peut être ; Il faut être civile afin de le connaître ; Et vous donnant à lui, quand vous le connaîtrez. L'étoile est le garant où vous me renverrez.

LA COMTRSSR.

Ainsi c'est de nos cœurs l'étoile qui dispose. Je hais les trahisons quand je veux quelque chose ; Et j'avais toujours cru que la soumission D'un véritable amant marquait la passion.

LE MARQUIS

Oui, quand il peut...

LA COMTESSE

Marquis, voyez ce que vous faites, J'aime en qui m'ose aimer^ des volontés sujettes^

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