L'INCONNU, CTE III, SCÈNE IL
LÀ COMTBSSB.
ie ne sais si pour lui j'ai plus que de Testime; Mais de ce que je sens je me fais presque un crime, Et rougis en secret d'avoir tant de témoins Du trop de complaisance où m'engagent ses soins. Rien n'est plus obligeant J'en dois chérir la cause; Mais enBn il se cache, et c'est pour quelque chose. Tout galant qu'il parait, qui pourra m'assurer Qu*il mérite l'amour qu'il tâche à m'inspirer? Il est de riches sots, qui, pour certains usages, Tieonent un bel esprit quelquefois à leurs gages, Et qui, dans les plaisirs qu'ils semblent inventer. N'ont de part que l'argent qu'on leur en fait coûter. Que si, tout au contraire, il était gueux?
OLYMPE
Madame, Tant de fêtes d'éclat qui vous prouvent sa flamme...
LA COMTESSE
0 peut vivre d'emprunt, et sur le bien d'autrui Faire, pour m'attraper, ce qu'il ne peut de lui. Malgré moi quelquefois cette crainte m'occupe; Je n'ai point encore eu le talent d'être dupe, Et pour m'en garantir je n'épargnerai rien.
OLYMPE
Mais si vous connaissiez sa naissance, son bien, Qne tout dans sa personne...
LA COMTESSE
Et le marquis? De grâce. Si j'aime l'Inconnu, que faut-il que j'en fasse? 11 n'est pas sans mérite, et doit être écouté Par lui-même, ou du moins par l'ancienneté; De tous mes protestants c'est le premier.
OLYMPE
J'avoue Qu'il a des qualités bien dignes qu'on le loue, L'air noble...
LA COMTESSE
Qui des deux me conseilleriez-vous.
Puisque j'en ai le choix, de prendre pour époux?
OLYMPE
Moi?
LA COMTESSE
Vous vous étonnez?
OLYMPE
Si...
LA COMTESSE
Parlons d'autre chose.
On vous trouve chagrine, apprenez-m'en la cause; Le chevalier s'en plaint, et ne sait que penser De voir qu'il ne fait plus que vous embarrasser. D'où naissent les froideurs dont son amour s'alar- OLYMPE. [me?
A ne vous rien cacher la liberté me charme : Je tremble; et s'agissant d'un maître à me donner. Un choix si hasardeux commence à m'étonner.
LA COMTESSE
Ce maître à recevoir, dont le choix vous étonne, Ne fait pas tant de peur quand l'amour nous le don- C'est par notre tendresse un mal bien adouci, [ne :
OLYMPE
Hé, Madame, pourquoi me parlez-vous ainsi?
LA COMTESSE
Le trouble de vos yeux me fait beaucoup entendre ; Et quand le chevalier. . .
OLYMPE
Vous voulez m'entreprendre, Je quitte; et me sentant trop faible contre vous. Je vais chercher ailleurs des ennemis plus doux.