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SCÈNE VI

LA COMTESSE, OLYMPE, LE MARQUIS, LE CHEVALIER, VIRGINE, LA MONTAGNE, reprétentant une bohémienne, TROUPE DE BOHÉMIENS.

(Ils entrent tous au bruit des castagnettes et des tambours de biscaye.)

LA COMTESSE

Pour des Bohémiens, cet équipage est beau.

VIRGINE

On les a rencontrés qui venaient au château.

LA COMTESSE

Rien n'est si propre qu'eux.

LE CHEVALIER

La bande est fort complète.

OLYMPE

Elle vaut bien la voir.

LA COMTESSE

J'en suis très satisfaite.

LA ROHÉMIENNE.

Nous ne faisons qu'arriver de Paris,

Où pour avoir dit des nouvelles

Assez agréables aux belles.

On nous a fait présent de ces riches habits ; Mais rien n'approche là de ce qu'on voit paraître, Où vos divins attraits cessent d'être cachés ; Comme de tous les cœurs leur éclat se rend maître, Souffrez qu'en l'admirant nous vous fassions con-

Combien nous en sommes touchés. [naître

(Toute la troupe des Bohémiens donnent des marques d'admiration, par une figure qu'elle fait en regardant la comtesse.)

LA COMTESSE

La figure est galante.

OLYMPE

Et fort bien ordonnée.

Partout où vous irez le prix vous est certain ;

Mais voyez celle belle main.

Et nous dites à qui l'amour l'a destinée.

LA COMTESSE, donnant la main.

Puisque vous le voulez, il faut y consentir.

LA ROHÉMIENNE.

Comme nous sommes gens de qui la connaissance

LlNGONiNU, ACTE III, SCÈNE VI.

Sut de Terreur toujours se garantir, C'est sur nous seuls qu'on doit prendre assurance,

Les autres ne font que mentir.

Dans vos plus grands projets vous serez traversée ; Mais en vain contre vous la brigue emploiera tout. Vous aurez le plaisir de la voir renversée.

Et d'en venir toujours à bout.

Vous avez quelquefois de flatteuses manières. Qui seraient pour l'espoir un motif bien pressant, Si, pour les balancer, vous n'en aviez de fières

Qui le font mourir en naissant.

Cette ligne qui croise avec celle de vie, Marque pour votre gloire un murmure fatal ; Sur des traits ressemblants on en parlera mal,

Et vous aurez une copie Qui vous fera croire l'original D'un honneur ennemi de la cérémonie,

N*en prenez pas trop de chagrin :

Si votre gaillarde figure Contre vous quelque temps cause un fâcheux mur- Un tour de ville y mettra fin, [mure.

Et vous rirez de l'aventure.

Votre cœur est brigué par quantité d'amants ; Mais le premier de tous pourrait s'en rendre maître,

Si le dernier sans se faire connaître, ' Ne vous inspirait pas de tendres sentiments :

Cependant vous aurez beau faire.

Même prix, même gloire est acquise à leurs feux.

Vous les épouserez tous deux, C'est du destin un décret nécessaire.

LA COMTESSE

Tous deux !

OLYMPE

Si pour constant ce décret est tenu, Madame, du marquis nous demandons la vie, Il vous a le premier servie ; Quand vous serez veuve de l'Inconnu, Vous pourrez l'épouser, s'il vousen prend envie.

Non, non, je prends sur moi le soin de démentir La nécessité du veuvage.

LA COMTESSE

Laissons là tout ce badinage.

Et songeons à nous divertir :

Point de mort ni de mariage.

LE CHEVALIER

Leur rapport ne peut rien que sur les scrupuleux, Qui s'en font un fâcheux augure.

OLYMPE

Et ces enfants qu'ils mènent avec eux, Disent-ils la bonne aventure?

PETIT BOHÉMIEN

Croyez-vous qu'on nous mène en vain ?

Si vous voulez, je vous dirai la vôtre.

OLYMPE

Je vous écouterai plus volontiers qu'un autre ; Venez, j'abandonne ma main.

PETIT BOHÉMIEN

Pour découvrir plus à mon aise

Ce que j'y vois de plus caché, Avant toute autre chose, il faut que je la baise, C'est là ce que je mets toujours à mon marché.

OLYMPE

Il peut garder son privilège Sans qu'on songe à le contester.

PETIT BOHÉMIEN

Il est doux de vous en conter.

Mais il faut se garder du piège :

Vous êtes fine, fine, et vous ne dites pas

Tout ce que vous avez dans l'âme ; Un amant déclaré brûle pour vos appas; Mais, comme un autre en secret vous enflamme,

De ce premier, ma bonne dame,

Vous avez peine à faire cas.

LE CHEVALIER

Vous le voyez, madame, un enfant vous accuse; Condamnez mon jaloux dépit.

OLYMPE

A faire un conte en l'air, l'âge lui sert d'excuse; Il parle comme il peut, sans savoir ce qu'il dit.

PETITE BOHÉMIENNE

Pour moi, dont la science encor n'est pas si grande, Que de tout, comme lui, je puisse discourir;

Si vous me le vouliez souffrir,

Je vais danser la sarabande.

LA COMTESSE. [înif

Voyons. Quel passe-temps plus doux pourrait s'of-

(La petite Bohémienne danse, et après qa'elle a dansé, ooe Bohémienne chante les deux conplets suirants, sur l'air ie la sarabande.)

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