L'INCONNU, ACTE IV, SCÈNE V
Mon cheval tout à coup s*élançant malgré moi, ] J'ai connu mon erreur, et ri de mon effroi. |
Au lieu de mousqueton, j'ai vu dans cette tenle Les apprêts différents d'une fête galante; Et ceux qui la gardaient, de mon abord surpris, Parlaient certain jargon où je n'ai rien compris. G*étaient, pour la plupart, visages à la Suisse; Chacun, selon son rôle, avait là son office : L'un, d'un bohémien quittait l'habillement. L'autre, d'une coiffure ajustait Tornement : Force mains autour d'eux paraissaient occupées A nouer des rubans sur des branches coupées. J'ai, dans un certain coin, remarqué les débris D'une collation qui valait bien son prix : Grands citrons, fruits exquis, confitures choisies. J'ai vu des violons, des lustres, des bougies. J'ai vu... là des... Enfin j'ai tant vu, que jamais On n'eut tant d'attirail dans les plus grands ballets. J'ai donné droit au but, et deviné l'affaire; Mais,pour mieux m'éclai rcir, penché vers l'un d'eux, Ai-je dit, n'a-t-on pas préparé tout ceci [« Frère, Pour un certain château qui n'est pas loin d'ici ?» Je l'embarrassais fort, il ne savait que dire. Mais c'était dire assez, que se taire et sourire. Je lui serrais toujours le bouton de fort près. Quand, comme si la chose eût été faite exprès, Ce grosset, ce basset commençant à paraître : « Vous êtes curieux, parlez à notre maître. Le voilà, » m'a-t-il dit, « tout à propos venu. » N'ayant pas à douter qu'il ne fût l'Inconnu, J'ai contemplé longtemps sa grotesque figure : Il avait sur son nez jeté sa chevelure. Et, pour embarrasser mon curieux souci.
Sous une fausse barbe il cachait tout ceci. Alors, plein d'un chagrin que d'assez justes causes... Madame, pardonnez si j'ai poussé les choses; [reux. Quand on voit qu'un rival cherche à se rendre heu- Et qu'on peut répargner,on n'est guère amoureux.
LE MARQUIS
Et qu*avez-vous donc fait?
Ce que j'ai fait? Silence.
Je dirai tout par ordre, un peu de patience. J'ai demandé d'où vient qu'il campait dans ce bois? Pourquoi la fausse barbe ?Enquis deux ou trois fois. Et pressé de parler, plus il se voulait taire : « Pourquoi je campe ici? Qu'en avez- vous affaire? C'est mon plaisir, » m'a-t-il sottement répondu. Alors d'un grand coup d'œil qu'il a bien entendu, Lui marquant.fièrement que je l'allais attendre. Je me suis éloigné.
LE MABQUIS.
C'était fort bien le prendre.
LE VICOMTE
Me battre là! Partout j'aurais été blâmé ; Il avait vingt valets qui m'auraient assommé.
LE MARQUIS
Il est bon quelquefois de voir comme on se fâche.
LA COMTESSE
Et qu 'est-il arrivé?
LE VICOMTE
Je n'ai trouvé qu'un lâche, Qu'un farouche animal, sans cœur etsaosverlo, Qu'un... Cela fait pitié.
LE MARQUIS
Vous l'avez donc battu?
LE VICOMTE
Vous me la baillez bonne, il s'est en bêtefièfe Tenu clos et couvert toujours dans sa tanière; Et moi, m'étant lassé de l'attendre à l'éctrt, D'un coup de pistolet j'ai marqué mon départ.
C'est pousser la bravoure aussiloin...
LE VICOMTE
SurmoniiBe, Tout y va quand il faut dégainer.