‹ Théatre completChapitre 1279 sur 1461 · SCÈNE I · texte numérisé non relu

SCÈNE I

D. JUAN, SGâNARELLE, habillé en médecin. SGANARBLLE.

ÂTOuez qu'au besoin j'ai l'imaginative Aussi prompte d'aller que personne qui vive. Votre premier dessein n'était point à propos. Sous ce déguisement j'ai l'esprit en repos. Après tout, ces habits nous cachent l'un et l'autre Beaucoup mieux qu'on n'eût pu nous cacher sous le J'en regardais le risque avec quelque souci ; [vôtre. Tout franc, il me choquait.

D. JUAN

Te voilà bien ainsi.

Où diable as-tu donc pris ce grotesque équipage?

SOANARELLB.

Il vient d'un médecin qui l'avait mis en gage. Quoique vieux, j'ai donné de l'argent pour l'avoir. Mais, monsieur, savez-vous quel en est le pouvoir ? II me fait saluer des geos que je rencontre. Et passer pour docteur partout où je me montre : Ainsi qu'un habile homme on me vient consulter.

D. JUAN

Comment donc?

SOANARBLLE.

Mon savoir va bientôt éclater.

Déjà six paysans, autant de paysannes.

Accoutumés ^ns doute à parler à des ânes. M'ont sur différents maux demandé mon avis.

Etqn'as-tu répondu?

SOANARELLB.

Moi?

D. JUAN

Tu t'es trouvé pris ?

SGANARELLE

Pas trop. Sansm'étonner de l'habit que je porte, J'ai soutenu l'honneur, et raisonné de sorte Que sur mon ordonnance aucun d'eux n'a douté Qu'il n'eût entre les mains un trésor de santé.

D. JUAN

Et comment as-tu pu bâtir tes ordonnances?

SGANARELLE

Ma foi, j'ai ramassé beaucoup d'impertinences, Mêlé casse, opium, rhubarbe, et cxtera^ Tout par drachme, et le mal aille comme il pourra. Que m'importe?

D. JUAN

Fort bien. Ce que tu viens de dire Me réjouit.

SGANARELLE

Et si, pour VOUS faire mieux rire.

Par hasard, car enfin quelquefois, que sait-on, Mes malades venaient à guérir ?

D. JUAN

Pourquoi non?

Lesautresmédecinsque les sages méprisent, [sent? Dupent-ilsmoinsquetoidanstoutce qu'ils nousdi- Et,pour quelques grandsmotsque nous n'entendons Ont-ils aux guérisonsplus de part que tu n'as? [pas. Crois-moi, tu peux comme eux,quoi qu'on s'en per^ Profiter, s'iladvientdu bonheur dumalade, [suade, Et voir attribuer au seul pouvoir de l'art. Ce qu'avec la nature aura fait le hasard...

SGANARELLE

Oh ! jusqu'où vous poussezvotre humeur libertine ? Je ne vous croyais pas impie en médecine.

D. JUAN

U n'est point parmi nous d'erreur plus grande.

SGANARELLE

Quoi?

Pour un art tout divin vous n'avez point de foil La casse, le séné, ni le vin émétique...

D. JUAN

La peste soit le fou !

SOANARELLB.

Vous êtes hérétique.

Monsieur, songez-vous bien quel bruit depuis un Fait le vin émétique ? [temps,

D. JUAN

Oui, pour certaines gens.

SGANARELLE

Ses miracles partout ont vaincu les scrupules, Leur force a converti jusqu'aux plus incrédules : Et,sansaIlerplusloin,moiqui vous parle, moi, J'en ai vu des efl'ets si surprenants...

En quoi ?

SGANARELLE

Tout peut être nié si sa vertu se nie. Depuis six jours un homme était à l'agonie, Les plus experts docteurs n'y connaissaient plus Il avait mis à bout la médecine. [rien,

D. JUAN

Hé bien?

SGANARELLE

Recours à l'émétique. lien prend pour leur plaire ; Soudain... ^

D. JUA^.

Le grand miracle ! II réchappe ?

SGANARELLE

Au contraire, Il en meurt.

D. JUAN

Merveillleux moyen de le guérir I

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