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LE FESTIN DE PIERRE, ACTE III, SCÈNE U

SGANARBLLE.

Comment ? Depuis six jours il ne pouvait mourir ; Et dès qu'il en a pris, le voilà qui trépasse. Vit-on jamais remède avoir plus d'efficace ?

D. JUAN

Tu raisonnes fort juste.

SGANÂRELLE.

Il est vrai, cet habit Sur le raisonnement m'inspire de l'esprit ; Et si sur certains points où je voudrais vous mettre, La dispute...

D. JUAN

Une fois je veux te le permettre.

SGANARELLE

Errez en médecine autant qu'il vous plaira, La seule faculté s'en scandalisera ; Mais sur le reste, là, que le cœur se déploie. Que croyez -vous?

D. JUAN

Je crois ce qu'il faut que je croie.

SGANARBLLE.

Bon, parlons doucement, et sans nous échauffer, Le ciel...

D. JUAN

Laissons cela...

SGANARELLE

C'est fort bien dit. L'enfer...

Laissons cela, te dis-je.

SGANARBLLE.

n n'est pas nécessaire De vous expliquer mieux, votre réponse est claire. Malheur si l'esprit fort s'y trouvait oublié. Voilà ce que vous sert d'avoir étudié ; Temps perdu. Quant à moi, personne ne peut dire Qnel'on m'ait rien appris, je sais à peine lire. Et j'ai de l'ignorance à fond ; mais, franchement. Avec mon petit sens, mon petit jugement, [dre. Je vois, je comprends mieuxce quejedoiscompren- Quevoslivres jamais ne pourraient mel'apprendre. Ce monde où je me trouve et ce soleil qui luit, Sont-ce des champignons venus en une nuit? Se sont-ils faits tout seuls? Cette masse de pierre Qui s'élève en rochers, ces arbres, cette terre, Ce ciel planté là-haut, est-ce que tout cela S'est bâti de soi-même? Et, vous, seriez-vous là. Sans votre père, à qui le sien fut nécessaire Pour devenir le vôtre? Ainsi de père en père. Allant jusqu'au premier, qui veut-on qui l'ait fait. Ce premier? Et dans l'homme, ouvrage si parfait, Tous ces os agencés l'un dans l'autre, cette àme. Ces veines,ce poumon, cecœur,cefoie...Oh?dame, Parlez à votre tour comme les autres fonti Je ne puis disputer si l'on ne m'interrompt. Vous vous taisez exprès, et c'est belle malice.

D. JUAN

Ton raisonnement charme, et j'attendsqu'ilfinisse.

SGANARELLE

Mon raisonnement est, monsieur, quoi qu'il en soit,

Que l'homme est admirable en tout, et qu'on y voit Certains ingrédients, que, plus on les contemple, Moins on peut expliquer; d'où vient que... Par

[exemple, N'est-il pas merveilleux que je sois ici, moi. Et qu'en là tête, là, j'aie un je ne sais quoi, Qui fait qu'en un moment, sans en savoir les causes, Je pense, s'il le faut, cent différentes choses. Et ne me môle point d'ajuster les ressorts Que ce je ne sais quoi fait mouvoir dans mon corps? Je veux lever un doigt, deux, trois, la main entière, Aller à droit, à gauche, en avant, en arrière...

0. JUAN, apercevant Léonor au fond du théâtre. Ah! Sganarelle, vois. Peut-on, sans s'étonner...

SGANARBLLE

Voilà ce qu'il vous faut, monsieur, pour raisonner. Vous n'êtes point muet en voyant une belle.

O. JUAN

Celle-ci me ravit.

SGANARBLLE.

Vraiment.

D. JUAN

Que cherche-t-ellc?

SGANARBLLE.

Vous devriez déjà l'être allé demander.

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