LE FESTIN DE PIERRE, ACTE III, SCÈNE VII
Une sœur qu*au couvent j'avais fait élever, Depuis quatre ou cinq jours s'est laissée enlever. Un don Juan Giron est Tauleur de l'injure, II a pris celle roule, au moins on m'en assure, Et je viens l'y chercher sur ce que j'en ai su.
D. JUAN
El le connaissez-vous?
D. CARLOS
Je ne l'ai jamais vu.
Mais j'amène avec moi des gens qui le connaisscnl, El par ses actions telles qu'elles paraissent. Je crois sans passion, qu'il peut être permis...
D. JUAN
N'en dites point de mal, il est de mes amis.
D. CARLOS
Après un tel aveu j'aurais tort d'en rien dire; Mais lorsque mon honneur à la vengeance aspire. Malgré celte amitié, j'ose espérer de vous...
Je sais ce que se doit un si juste courroux ; Et, pour vous épargner des peines inutiles. Quels quesoient vos desseins, je les rendrai faciles. Si d'aimer don Juan je ne puis m'empêcher. C'est sans avoir servi jamais à le cacher. D'un enlèvement fait avecque trop d'audace Vous demandez raison, il faut qu'il vous la fasse.
D. CARLOS
Et comment me la faire?
D. JUAN
Il est homme de cœur, Vous pouvez là-dessus consulter votre honneur. Pour se battre avec vous, quand vous aurez su
[prendre Lelieu,rhenreet le jour, il viendra vous attendre. Vous répondre de lui, c'est vous en dire assez.
D. CARLOS
Celle assurance est douce à des cœurs offensés. Mais je vous avouerai que vous devant la vie, Je ne puis sans douleur vous voir de la partie.
D. JUAN
Une telle amitié nous a joints jusqu'ici, Que s'il se bat, il faul que je me batte aussi. Notre union le veut.
D. CARLOS
Et c'est dont je soupire.
Faul-il. quand je vous dois le jour que je respire. Que j'aie à me venger, el qu'il vous soit permis D'aimer le plus morlel de tous mes ennemis?