ACTE PREMIER
La décoration de cet acte représente le château du baron, qui, faisant son plaisir des spectacles, a préparé un combat à la barrière, pour rendre plus solennel le jour destiné au mariage de ses deux nièces, Aminte et Ismène, dont l'une est promise à Damis et l'autre à Dorante. Ces deux amants s'élant engagés à servir de chefs de quadrille dans ce combat entrepris à la gloire du beau sexe, sous le titre du Triomphe des DameSy donnent ordre à tout ce qui leur est nécessaire pour y paraître avec éclat ; et c'est par cette raison que Dorante s'éloigne d'Ismène pendant dix ou douze jours, et la laisse dans le château du baron avec sa mère qui y est demeurée malade. Ainsi l'ouverture de la scène se fait par le retour de Dorante qui, avant que de voir sa maîtresse, apprend de Lucile que, depuis son départ, un jeune cavalier nommé Oronte, est arrivé dans le château, où il s'est insinué dans l'esprit du baron, et apparemment dans celui d'Ismène, qui l'écoute assez volontiers dans toutes les conversations particulières qu'il peut avoir avec elle. Dorante, dont le caractère est d'un homme brusque et toujours contrariant, prend feu à cette nouvelle, à laquelle Lucile ajoute qu'un capitaine assez incommode, qu'il a laissé en parlant dans le château du baron, a découvert à Ismène qu'il connaissait Clarisse, que Dorante avait aimée avant elle, et lui en a fait une peinture si avantageuse, l'ayant vue souvent à Lyon qui est le lieu de la naissance de tous les deux, qu'elle n'avait pu se défendre d'en prendre des sentiments de jalousie, qu'il aurait de la peine à étouffer. L'arrivée du capitaine rompt cet entretien; Dorante va chercher Ismène, et Lucile qui voit venir Oronte, que le capitaine ne connaît point encore, le laisse en liberté de lui conter des nouvelles de guerre qu'elle n'avait point envie d'écouter. Ce capitaine est fort surpris de reconnaître dans Oronte cette môme Clarisse dont il avait parlé si avantageusement à Ismène. Clarisse qui se voit découverte, n'a point d'autre parti à prendre que celui d'engager le capitaine au secret en lui faisant confidence de la perfidie de Dorante, qui étant parti de Lyon pour une afi'aire indispensable, avec promesse de la venir épouser sitôt qu'elle serait terminée, avait la lâcheté de la quitter pour Ismène; ce qui lui avait fait prendre la résolution de ce déguisement qui lui facilitait les moyens de parler à Dorante, et de voir si, par sa présence, elle ne pourrait pas l'obliger à se repentir de sa trahison. Le capitaine paie celte confidence par une autre, et lui découvre qu'ayant vu Aminte, sœur d'Ismène, chez une parente, à Paris, sans avoir jamais vu sa mère, il s'en était fait assez
aimer pour l'engager à lui promettre d'attendre son retour de Tarmée pour eu venir faire la demande ; mais qu'elle avait une je ne sais quelle nonchalance d'humeur qui la faisait consentir aux choses même qui ne lui plaisaient pas, pour s'épargner la peine de contredire ; qu'ainsi ses parents l'ayant accordée à Damis pendant qu'il était absent, elle n'avait pas eu la force de d^rer qu'elle avait de l'engagement ailleurs; qui! était accouru sur l'avis qu'on lui en avait donné; et qu'affectant de plaisanter et de parler incessamment de guerre et de combats, il se rendait tellement incommode à tous ceux qui étaient dans le château, qu'on cherchait à s'en débarrasser aussitôt qu'on le voyait paraître; ce qoi lai faisait naître l'occasion d'entretenir souTent Aminte, dont on ne le croyait écoulé que parce qu'elle ne pouvait se résoudre à lui dire qnl) l'importunait. Après cette réciproque confidence, Clarisse qui veut convaincre le capitaine de la passion que Dorante a eue pour elle, lui montre quantité de billets qu'elle a reçus de lui et lui en fait lire un qu'elle reprend avec tant de précipitation dans l'instant qu'elle voit venir Aminte, qu'elle en laisse tomber un autre qui demeure sur le théâtre pendantqu'elle s'éloigne, et que le capitaine rend compte à Aminte de ce qu'il a préparé pour son enlèvement, dans le dessein d'ane mascarade dont il a fait courir le bruit sans qu'on en sache l'auteur. H l'avertit de ne pas oublier d'ouvrir sa montre, afin que ce signal la fasse connaître à ceux qu'il emploie dans celte mascarade, pour celle qui doit être enlevée : à quoi elle consent, parce que la chose s'exécutant pendant un divertissement donné, ne paraîtra point s'être faite de concert avec elle. Damis amant déclaré d' Aminte etquidégoûtédesonindoIence,estdevena amoureux d'Angélique cousine d'Aminle et d'Ismène, trouble cette conversation. Le capitaine qui l'aperçoit prend aussitôt son caractère de guerrier importun, et ne parle que de la beauté de son équipage, et de la magnificence de sa compagnie, jusqu'à ce qu'Angélique qui arrive avec Fancbon, petite sœur d'Aminle et dismène, avertit la première que sa mère la fait chercher. Elle sort, le capitaine la suit ; Damis conte des douceurs à Angélique, qui, suivant son enjouement nalorel, tourne en raillerie tout ce qu'il lui dit; et Fanchon ramassant le papier que Clarisse a laissé tomber, y trouve pour titre, Chanson mtVmrâei Vom étonnez-vous. Comme elle reconnaît cet air pour être un de ceux qu'elle a entendu chanter àCircé,ellcen étudie les paroles, tandis qu'Angélique oblige Damis à la quitter pour aller rejoindre Aminte, etqu'Ismèneentre avec Dorante, qui lui reproche que malgré toutes les prièresqu'il lui a faites de se conserver, elle n*a pas laissé de passer plosieurs nuits sur la rivière depuis son départ, quoiqu'elle sache que l'air de l'eau l'incommode, et qu'il
LE TRIOMPHE DES DAMES, ACTE II
D*y arien qui lui soit plus contraire que de veiller, ismène dont le caractère est d'une personne qui veut absolument tout ce qu'elle veut, et qui ne prend que ce qu'elle a résolu pour règle de sa conduite, se révolte contre les remontrances de Dorante ; et cette querelle ne finit que par l'ordre qu'elle lui donne de lui chanter un air nouveau qu'il lui a dit qu'il avait fait faire pour elle. Il s'en excuse sur le désordre d'esprit où elle Ta mis; elle s'obstine à vouloir de lui cette marque de complaisance. Ainsi il commence deux fois à
chanter ces paroles: L'excès de mon amour et
s'étant interrompu deux fois lui-même, sur ce que dans le chagrin où il est il a la voix pitoyable, Ismène s'offense de ce refus, et, sans lui rien dire davantage, elle s'adresse à Fanchon pour la faire chanter. Fanchon qui a assez étudié les paroles qu'elle a trouvées, chante les quatre premiers vers. Dorante fort surpris de les entendre, et les reconnaissant, parce qu'il les a faits autrefois pour Clarisse, interrompt Fanchon, à qui Ismène fait recommencer les paroles qui suivent.
J*avais fait serment De vivre sans chaînes, Et fuyais les peines Qu'on souffre en aimant.
De cette injustice, Par un prompt retour, Les beaux yeux de Clarisse Ont vengé l'Amour.
Le nom de Clarisse qui frappe Ismène, l'oblige à prendre le papier des mains de Fanchon, qui lui dit qu'elle l'a trouvé dans le même lieu où ils sont. Elle reconnaît récriture de Dorante, et ne doutant point que les vers ne soient de lui, elle le raille froidement de ce qu'il se plaît tant à se souvenir de cette belle absente. Dorante lui reproche l'outrage qu'elle lui fait à souffrir Tentrelien d^Oronte: elle lui répond que c'est un rival redoutable; et le quittant brusquement, le laisse dans tout rembarras où peut être un amanl qui appréhende de perdre ce qu'il aime.