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SCÈNE III LE COMTE D'ESSEX, CÉCILE

CÉCILE

La reine m'a chargé de vous faire savoir Que vous vous teniez prêt dans une heure à la voir. Comme votre conduite a pu lui faire naître Quelques légers soupçons que vous devez connaître, C'est à vous de penser aux moyens d'obtenir Que son cœur alarmé consente à les bannir ; Et je pe doute pas qu'il ne vous soit facile De rendre à son esprit une assiette tranquille. Sur quelque impression qu'il ait pu s'émouvoir. L'innocence auprès d'elle eut toujours toutpouvoir. Je n*ai pu refuser cet avis à l'estime Que j'ai pour un héros qui doit haïr le crime; El me tiendrais heureux que sa sincérité Contre vos ennemis fit votre sûreté.

LE COMTE

Ce zèle me surprend, il est et noble et rare; El comme à m'accabler peut-être on se prépare, Je vois qu'en mon malheur ildoitm'être bien doux De pouvoir espérer un juge tel que vous. J'en connais la vertu. Mais achevez, de grâce. Vous devez être instruit de tout ce qui se passe. Ma haine à vos amis étaut à redouter, Quels crimes pour me perdre osent-ils inventer? El près d'être accusé, sur quelles impostures Ai-je pour y répondre à prendre des mesures? Bien ne vous est caché, parlez, je suis discret, Et j'ai quelque intérêt à garder le secret.

CECILE

C'est reconnaître mal le zèle qui m'engage A vous donner avis de prévenir l'orage. Si l'orgueil qui vous porte à des projets trop hauts, Fait parmi vos vertus connaître des défauts, Ceux qui pour l'Angleterre en redoutent la suite. Ont droit de condamner votre aveugle conduite. Quoique leur sentiment soit différent du mien, Cesonlgenssans reproche, et qui necraignenlrien.

LE COMTE

Ces zélés pour l'État ont mérité, sans doute, Que sans mal juger d'eux la reine les écoute; J'y crois delà justice, et qu'enfin il en est Qui, parlant contre moi, parlent sans intérêt. Mais Raleg, maisCoban, mais vous-même peut-être Vous en avez beaucoup à me déclarer traître. Tant qu'on me laissera dans le poste où je suis. Vos avares desseins seront toujours détruits. Je vous empêcherai d'augmenter vos fortunes Parle redoublement des misères communes; Et le peuple réduit à gémir, endurer.

Trouvera, malgré vous, peut-être à respirer.

CÉCILE

Ce que ces derniers jours nous vous avons vu faire. Montre assez qu'en effet vous êtes populaire ; Mais dans quelque haut rang que vous soyez placé, Souvent le plus heureux s'y trouve renversé. Ce poste a ses périls.

LE COMTE

Je l'avouerai sans feindre, Comme il est élevé, tout m'y paraît à craindre; Mais, quoique dangereux pour qui failunfauxpas. Peut-être encor sitôt je ne tomberai pas; Et j'aurai tout loisir, après de longs outrages. D'apprendre qui je suis à des flatteurs à gages, Qui me voyant du crime ennemi trop constant, Ne peuvent s'élever qu'en me précipitant.

CÉCILE

Sur un avis donné...

LE COMTE

L'avis m'est favorable ; Mais comme l'amitié vous rend si charitable. Depuis quand, et sur quoi vous croyez-vous permis De penser que le temps ait pu nous rendre amis? Est-ceque l'on m'a vu, pard'indignes faiblesses. Aimer les lâchetés, appuyer des bassesses. Et prendre le parti de ces hommes sans foi. Qui de l'art de trahir font leur unique emploi?

CÉCILE

Je souffre par raison un discours qui m'outrage ; Mais, réduit à céder, au moins j'ai l'avantage Que la reine craignant les plus grands attentats. Vous traite de coupable, et ne m'accuse pas.

LE COMTE

Je sais que contre moi vous animez la reine, Peut-être à la séduire aurez-vous quelque peine; Et quand j'aurai parlé, tel qui noircit ma foi, Pour obtenir sa grâce aura besoin de moi.

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