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LE COMTE D'ESSEX, ACTE IV, SCÈNE IL

Si l'arrêt qui me perd te semble à redouter, J'aime mieux le souffrir que de le mériter.

TILNEY

De cette fermeté souffrez que je vous blâme. Quoique la mort jamais n'ébranle une grande âme, Quand il nous la faut voir par des arrêts sanglants, Dans son triste appareil approcher à pas lents...

LE COMTE

Je ne le cèle point, je croyais que la reine A me sacrifier dût avoir quelque peine. Entrant dans le palais, sans peur d'être arrêté, J'en faisais pour ma vie un lieu de sûreté. Non, qu'enfin, si mon sang a tant de quoi lui plaire, Je voie avec regret qu'on l'ose satisfaire; Mais pour verser ce sang tant de fois répandu. Peut-être un écbafaud ne m'était-il pas dû. Pour elle il fut le prix de plus d'une victoire. Elle veut l'oublier, j'ai regret à sa gloire, J'ai regret qu'aveuglée elle attire sur soi La honte qu'elle croit faire tomber sur moi. Le ciel m'en est témoin, jamais sujet fidèle N'eut pour sa souveraine un cœur si plein de zèle. Je l'ai fait éclater en cent et cent combats; On aura beau le taire, ils ne le tairont pas. Si j'ai fait mon devoir quand je l'ai bien servie. Du moins je méritais qu'elle eût soin de ma vie. Pour la voir contre moi si fièrement s'armer. Le crime n'est pas grand de n'avoir pu l'aimer. Le penchant fut toujours un mal inévitable. S'il entraîne le cœur, le sort en est coupable; Et toute autre, oubliant un si léger chagrin. Ne m'aurait pas puni des fautes du destin.

TILNEY

Vos froideurs, je l'avoue, ont irrité la reine; Mais daignez l'adoucir, et sa colère est vaine. Pour trop croire un orgueil dont l'éclat lui déplaît. C'est vous-même, c'est vous, qui donnez votre arrêt. Par vous, dit-on, l'Irlande à l'attentat s'anime. Que le crime soit faux, il est connu pour crime; Et, quand pour vous sauver elle vous tend les bras. Sa gloire vaut au moins que vous fassiez un pas. Que vous...

LE COMTE

Ah? S'il est vrai qu'elle songe à sa gloire, Pour garantir son nom d'une tache trop noire,

est d'autres moyens où l'équité consent. Que de se relâcher à perdre un innocent. On ose m'accuser; que sa colère accable Des témoins subornés qui me rendent coupable, Cécile les entend, et les a suscités, Raieg leur a fourni toutes leurs faussetés; QueRaleg, que Cécile, et ceux qui leur ressemblent, Ces infâmes sous qu i tous les gens de bien tremblent. Par la main d'un bourreau, comme ils l'ont mérité, Lavent dans leur vil sang leur infidélité. Alors, en répandant ce sang vraiment coupable, La reine aura fait rendre un arrêt équitable I Alors de sa rigueur le foudroyant éclat. Affermissant sa gloire, aura sauvé l'État;

Maissur moi, quimaintiensla grandeursonveraine, Du cri me des méchants faire tomber la peine, Souffrir que contre moi des écrits contrefaits... Non, la postérité ne le croira jamais.

Jamais on ne pourra se mettre en la pensée, i

Que de ce qu'on me doit la mémoire effacée. Ait laissé l'imposture en pouvoir d'accabler... Mais la reine le voit, et le voit sans trembler, !

Le péril de l'État n'a rien qui l'inquiète, j

Je dois être content, puisqu'elle est satisfaite, j

Et ne point m'ébranler d'un indigne trépas Qui lui coûte sa gloire, et ne l'étonné pas. j

TILNEY

Et ne l'étonné pasi Elle s'en désespère, Blâme votre rigueur, condamne sa colère; Pour rendre à son esprit le calme qu'elle attend, Un mot à prononcer vous coûterait-il tant?

LE COMTE

Je crois que de ma mort le coup lai sera rade. Qu'elle s'accusera d'un peu d'ingratitude. Je n'ai pas, on le sait, mérité mes malheurs; Mais le temps adoucit les plus vives douleurs. De ses tristes remords si ma perte est suivie, Elle souffrirait plus à me laisser la vie. Faible à vaincre ce cœur qui lui devient suspect, Je ne pourrais pour elle avoir que du respect; Tout rempli de l'objet qui s'en est rendu maître. Si je suis criminel, je voudrais toujours Tètre; Et, sans doute, il est mieux qu'en me privant do Sa haine, quoiqu'injuste, éteigne son amour, [jour,

TILNEY

Quoi, je n'obtiendrai rien?

LE COMTE

Tu redoubles ma peine, C'est assez.

TILNEY

Mais enfin, que dirai-je à la reine?

LE COMTE

Qu'on vient de m'avertir que l'échafaud est prêt, Qu'on doit dans un moment exécuter l'arrêt; Et qu'innocent d'ailleurs,je tiens cette mort chère, Qui me fera bientôt cesser de lui déplaire.

TILNEY

Je vais la retrouver ; mais, encore une fois, Par ce que vous devez...

LE COMTE

Je sais ce que je dois.

Adieu. Puisque ma gloire à ton zèle s'oppose, De mes derniers moments souffre que je dispose; Il m'en reste assez peu, pour me laisser au moins La triste liberté d'en jouir sans témoins.

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