‹ Théatre completChapitre 1370 sur 1461 · SCENE I DU CLOS, MADAME JOBIN · texte numérisé non relu

SCENE I DU CLOS, MADAME JOBIN

DU CLOS

La chose ne pouvait tourner plus heureusement et j*espère que nous mettrons enfin votre incrédule M. de la Giraudière à la raison. La précaution que vous eûtes hier, de faire dire que vous étiez allée en ville, quand il vint vous demander pour savoir ce que sont devenus ses pistolets, m*a donné le temps de les faire peindre, aussi bien que la table du cabinet où ils doivent être trouvés. J'ai fait plus, j'ai attrapé le portrait de ce M. de Valcreux qui a pris les pistolets, et qui ne les a pris que parce qu'il est persuadé que l'autre ne manquera pas à vous venir demander raison du prétendu vol. Le bon est qu'il croil avoir fait le coup si secrètement, que si vous le devinez, il vous croira la plus grande sorcière du monde. Ainsi vous vous allez mettre en crédit auprès de l'un et de l'autre, et cela, grâce à mon adresse et à mes soins qui me donnent de bons espions partout.

MADAME JOBIN

Hé! monsieur du Clos, vous n'y perdez pas. Je vous paie bien, et depuis que je vous ai mis en part avec moi, vous n'êtes plus si...

DU CLOS

Mon Dieu, ne parlons point de cela : c'est assez

que nous nous trouvions bien l'un de l'antre, et que le grand nombre de dupes qui vous vieDoeot tous les jours, établisse votre réputatioa de tous côtés.

MADAME JOBLN.

Il n'y a que ce diable de la Giraudière qui me décrie. Quoique je lui aie dit des choses assez particulières touchant le passé, et que je lui aie prédit l'avenir le plus juste que j'ai pu par rapport à son humeur, il ne se rend point, et soutient toujours que je ne sais rien.

DU CLOS

C'est un impertinent; car quoiqu'il ne se trompe pas, la vérité n'est pas toujours bonne à dire. Si vous n*êtes pas sorcière, vous avez l'esprit de le paraître, et c'est plus que si vous l'étiez en effet.

MADAME JOBIN

Mathurine est admirable pour faire tomber les gens dans le panneau. Elle affecte un air innocent qui leur fait croire cent contes qu'elle invente pour les duper.

DU CLOS

Je l'ai toujours dit, Mathurine est un trésor. Mais je vous prie, comment va le mariage que U dame jalouse veut empêcher? Les trois cents louis qu'elle vous promet si son amant n'épouse point la comtesse d'Astragon, sont-ils bien comptés?

MADAME JOBIN

Nous avons déjà assez attrapé de son argent pour nous tenir assurés du reste, si le mariage ne se fait pas. Les malheurs que j'en ai prédits* la comtesse, qui est ma dupe depuis longtemps, l'en ont déjà fort dégoûtée. Elle doit revenir ici pour savoir l'effet d'un prétendu entretien qn« j«

LA DEVINERESSE, ACTE I, SCÈNE IV

dois avoir avec l'Esprit familier que je lui ai dit qui m'instruit de tout; et ce qu'il y a d'avantageux, c'est qu'elle me paie pour cela, comme la dame jalouse me paie pour un charme qui empêche son amant de se marier.

DU CLOS

Eh! vous n'éles pas la seule qui preniez de l'argent des deux côlés. J'en sais qui n'en font aucun scrupule, et qui ne laissent pas de se dire gens de bien.

MADAME JOBIN

Ne nous mettons point en peine des autres, ne songeons qu'à nous. Avez-vous ici ce que vous avez fait peindre pour l'affaire des pistolets.

DU CLOS

La Giraudière n'a qu'à venir. Tout est prêt comme je vous ai dit.

MADAME JOBIN

Allez. J'aperçois la suivante de notre comtesse.

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