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SCÈNE II MADEMOISELLE DU BUISSON, MADAME JOBIN

Qu'y a-t-il, mademoiselle du Buisson?

MADEMOISELLE DU BUISSON

Ah! Madame Jobin, me voilà toute essoufflée. Je suis vite accourue chez vous par la petite porte de derrière, pour vous dire que ma maîtresse vient vous trouver.

MADAME JOBIN

Que rien ne vous embarrasse. Je suis préparée sur ce que j'ai à lui dire ; et crédule comme je la connais, elle sera bien hardie, si elle se marie après cela.

MADEMOISELLE DU BUISSON

Oui, mais vous ne savez pas que le marquis qu'elle ne serait pas fâchée d'épouser, vient avec elle vêtu en laquais. Gomme elle l'assure de consentir à le rendre heureux, s'il la peut convaincre que ce que vous débitez n'est que tromperie, il s*est résolu à ce déguisement, pour éprouver si votre diable pourra vous en découvrir quelque chose. Tenez-vous sur vos gardes là-dessus.

MADAME JOBIN

Je suis ravie de savoir ce que vous m'apprenez. Fiez-vous à moi, rompons l'affaire, il y a cinquante pistoles pour vous.

MADEMOISELLE DU BUISSON

Quand il n'y aurait rien à gagner pour moi, je crois servir ma maîtresse en travaillant contre le marquis. 11 me semble qu'elle ne sera point heureuse avec lui.

MADAME JOBIN

Est-il des maris qui puissent rendre une femme heureuse? Il ne faut pas être plus grande sorcière que moi pour dire une vérité en prédisant

des malheurs à ceux qui ont l'entêtement de se marier.

MADEMOISELLE DU BUISSON

II se trouve de bons maris ; il n'y a qu'à mettre le temps à les bien chercher.

MADAME JOBIN

C'est-à-dire que vous n'y renoncez pas.

MADEMOISELLE DU BUISSON

Eh ! Je crois qu'un bon mari est quelque chose de bon.

MADAME JOBIN

Sans doute. Et notre comtesse? Elle ne se défie point de notre commerce.

MADEMOISELLE DU BUISSON

. Le moyen? Je lui ai toujours parlé contre vous. Je lui soutiens tous les jours qu'il n'y a que le hasard qui vous fasse quelquefois dire la vérité ; et quand pour me convaincre d'erreur, elle m'oppose les choses les plus particulières de sa vie, qu'elle prétend que vous avez devinées, elle n'a garde de s'imaginer que c'est par moi que vous les savez. A propos, j'allais oublier de vous avertir qu'après vous avoir parlé présentement à visage découvert, elle doit venir ici tantôt masquée. Je la dois accompagner, masquée comme elle. Je vous serrerai la main, ou ferai quelque autre signe, afin que vous nous connaissiez. Ne manquez pas à lui prédire les mêmes malheurs.

MADAME JOBIN

Je ferai la sorcière comme il faudra. Qu'est-ce,

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