DON BERTRAND DE CIGARRAL, ACTE II, SCÈNE V
Avec émotion il voit qu'elle Técoule^ Mais sa seule espérance est dans le désespoir, Puisqu'elle s'abandonne à son triste devoir. Au récit du malheur dont le destin Taccable, Jogez s'il fut jamais amant plus déplorable.
ISABELLE
k plains fort Tun et l'autre, et doute qui des deux Kn ce triste rencontre est le plus malheureux, la bienfait peut beaucoup sur un noble courage, Ptignaot un grand mérite en secret il s'engage; Ceston fidèle agent qui parle nuit et jour; Daosla reconnaissance il entre un peu d'amour; Sa flamme sous ce masque aisément se déguise ; L'on court même au-devant de sa bouche surprise. Tant il est difQcile, après un tel bonheur, De donner son estime, et de garder son cœur. De cette dame ainsi le malheur est extrême, Car enfin ella»perd ce que sans doute elle aime ; Et, pour comble de maux, daos son affliction. On la livre à l'objet de son aversion.
D. ALVAR
I Qne dites-vous, madame? Ah, s'il osait le croire, I Qu'en un si grand malheur il trouverait de gloire !
ISABELLE
Si par un grand service il l'a su mériter, Sans J'en juger indigne il n'en saurait douter.
D. ALVAR
Vous trouvez cependant qu'ils sont tous deux à ISABELLE. [plaindre.
Ce n'est pas l'être peu qu'être réduits à feindre.
D. ALVAR
Si d'un pareil malheur vous ressentiez les coups, Contre, ou pour cet amant, que résoudriez-vous?
ISABELLE
Qoerésoudrais-je? Hélas! Pour le prix de sa flamme U aurait mes soupirs au défaut de mon âme ; Et s'y m'était permis de disposer de moi:..
D. ALVAR
Qn'obtiendrait-il, madame?
ISABELLE
Et mon cœur et ma foi.
Ce serait le combler d'une joie infinie,
Iftoe...
D. BERTRAND
Tout doux, mon cousin, et sans cérémonie; Voos vous émancipez, un peu plus bas d'un ton. Diable, quelle commère! Elle entend le jargon.
ISABELLE
''ai fait cette réponse avec grande innocence.
D. BERTRAND
Bolà, vous en savez bien d'autres que je pense : RéTcz si vous voulez, mais je me trompe bien Si pour vous égayer il vous conte plus rien.
D. ALVAR
Voosm'aviezdemandéquelque histoire amoureuse.
D. BERTRAND
Vous êtes un causeur, elle est une causeuse ; Mais, ma foi, je la y eut un peu dépayser.
Et voir si dans Tolède on l'entendra jaser. Moi présent, son époux. Oyez, les belles filles, Il faut de grand matin demain trousser ses quilles, Peut-être avant le jour, car j'ai hâte, et je veux Sur mon propre fumier faire un peu l'amoureux, La station m'en semble et moins chère et meilleure.
D. GABCIE.
Vous n'avez pour partir qu'à nous donner votre
D. BERTRAND. [heurO.
Celle qu'il me plaira. Chacun peut sur un lit Se tenir toujours prêt, sans quitter son habit : Qui ne le sera point restera pour les gages. D. FÉLIX, à D, Bertrand.
Je prends si grande part à tous vos avantages, Que demain avec vous, pour en être témoin, J'irai jusqu'à Tolède.
D. BERTRAND
11 n'en est pas besoin, Je sais bien le chemin.
D. FÉLIX
Mais...
D. BERTRAND
Mais, ne vous déplaise...
D. FEUX
Je vous honore assez...
D. BERTRAND
Hé bien, j'en suis fort ais^.
D. FÉLIX
Vous pourriez aujourd'hui me refuser ce point, A moi qui...
D. BERTRAND
A VOUS qui, je ne vous connais point.
D. FÉLIX
J'étais fort grand ami de monsieur votre père. Il m'estimait beaucoup.
D. BERTRAND
Je n'y saurais que faire; Il pria qui lui plut quand il se maria. Mais de son temps au mien grand changement y a. Pourvoyez-vous ailleurs.
D. FÉLIX
Quelle étrange saillie!
MENDOGE.
Je l'enverrais au diable avecque sa folie.
D. FÉLIX
Adieu. Ne craignez point que je suive vos pas»
D. BfiHTRAND.
Ne me voyez jamais, je n'en pleurerai pas.