SCÈNE XV LA GIRAUDIÉRE, MADAME JOBIN
LA GIRAUDIERE.
Jouez-vous ici la comédie ?
MADAME JOBIN
C'est un fou qui m'étourdit il y a une heure de ses visions. Mais je vous prie, que venez-vous faire chez moi? Je suis toute surprise de vous y voir.
LA GIRAUDIÉRE.
J*ai une chose à vous demander.
MADAME JOBIN
A moi? à une ignorante? Vous savez bien que je ne sais rien, et vous le dites partout.
LA GIRAUDIERE.
Si vous me parlez juste sur un vol qui m*a été fait depuis deux jours, je vous promets de ne dire jamais que du bien de vous.
MADAME JOBIN
On vous a donc volé quelque chose?
LA GIBAUDIÈRE.
Oui, une paire de pistolets, qui sont les meilleurs du monde, et que je voudrais avoir rachetés le double de ce qu'ils m'ont coûté. Faites-les-moi retrouver ; je suis à jamais de vos amis.
MADAME JOBIN
Moi? Je ne suis point assez habile pour faire retrouver les choses perdues.
LA GIRAUDIERE.
Mes pistolets, je vous en conjure.
MADAME JOBIN
Comment pourrais-je vous dire où ils sont? Je me mêle de la bonne aventure, comme beaucoup d'autres, qui sont aussi ignorantes que moi; mais faire retrouver des pistolets î
LA GIRAUDIERE.
Voulez-vous être toujours en colère?
MADAME JOBIN
Vous le mériteriez bien. Qu'on m'apporte uo bassin plein d'eau. Un verre me suffirait, mais je veux que vous voyiez vous-même les choses distinctement; et afin que vous ne croyiez pas que j'aie aucun intérêt à vous éblouir, je vous déclare que je ne veux point de votre argent.
LA GIRAUDIERE.
Je sais comme il faudra que j'en use.
MADAME JOBIN
Voici ce qu'il faut. (Ba% à Mathwine.) Est-OD là tout prêt ?
MATHURINE, bat.
Parlez hardiment, rien ne manquera.
MADAME JOBIN
Approchez. Regardez dans ce bassin. Ne voyezvous rien ?
LA GIRAUDièRB.
Non.
MADAME JOBIN
Penchez-vous de la manière que je fais, et regardez fixement sans détourner les yeux du bassin. Ne voyez-vous rien ?
LA GIRAUDIERE.
Rien du tout.
MADAME JOBIN
Rien du tout? Il faut donc que vous ne regardiez pas bien, car je vois quelque chose, moi.
LA GIRAUDIÂRE.
Vous voyez ce qu'il vous plaît, mais cependant c'est moi qui dois voir. (On /ii?»*e timber «n xi>J«f du haut du plancher qui tient une toile, sur laquelle io«i peints deux pi%tolets sur une table,) Ah 1 je commence. Oui, je vois mes pistolets, ils sont sur la table d'un cabinet, où il me semble avoir quelquefois entré. Je... je ne vois plus rien I Où diable faot-
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LA DEVINERESSE, ACTE II, SCÈNE I
il que je les aille chercher? Je ne puis me remettre le cabinet.
MADAMB JOBIN.
11 me semble que j'ai assez fait pour vous, de vous faire voir le lieu où vous trouverez vos pistolets.
LA GIRAUDIÂRK.
J'aimerais biea mieux que vous m'eussiez fait voir le voleur. Je ne serais pas en peine de les retirer.
MADAME JOBIN
J'ai commencé, et il ne faut pas faire les choses à demi pour vous. Regardez encore dans le bassin ; mais n'en détournez pas la vue, car la figure de celui qui a pris vos pistolets n'y paraîtra qu'un moment. Que voyez- vous?
LA GIRAUDIÊRE.
Rien encore. {U même zigzag fait voir vn portrait,) Ah IJe vois... c'est Yalcreui, undemes plus intimes amis. Je lui cachai une épée il y a quelque temps, il a voulu à son tour me faire chercher mes pistolets. Je cours chez lui.
MADAME JOBIN
Vous y pouvez aller en toute assurance. L'cpreuve que je viens de faire n'a jamais manqué.
LA GIRAUDIÊRE.
Vous ne perdrez rien à ce que vous aurez fait pour moi. J'ai du crédit, et ce ne vous sera pas peu de chose d'avoir converti un incrédule do mon caractère.
{La Ciraudière son,)
MADAMB JOBIN, à Mathurine,
Voilà qui va bien. Il semble à demi gagné, et s'il peut une fois l'être tout à fait, il voit la cçmtesse, et je ne doute point que ce qu'il lui dira de l'incident du bassin, ne la confirme dans l'enlétement où elle est démon prétendu savoir. Tandis que j'ai un moment à moi, il faut aller donner ordre à ce qui doit éblouir les autres dupes qu'on m'a promis dem'amener aujourd'hui.