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SCÈNE I MADAME JOBIN, MADAME NOBLET

MADAME JOBIN

Je VOUS suis bien obligée, madame, de toutes vos libéralités. Je me sens portée d'inclination à vous servir, et quand...

MADAME NOBLET

Non, madame Jobin, ce que je viens de vous donner ne sera compté à rien, et les trois cents lonis ne vous en seront pas moins payés, si le

mariage que je vous ai prié de rompre, ne se fait point.

MADAME JOBIN

J'ai travaillé de tout mon pouvoir.

MADAME NOBLET

J'en suis convaincue. J'ai de fidèles espions chez le marquis. Ils m'ont dit que la comtesselui a déclaré qu'elle ne l'épouserait jamais, et je vois bien que c'est là Tefl'et du charme que vous m'aviez promis d'employer.

11 est bien fort, et s'il peut le vaincre, il faut que son étoile ait bien du pouvoir.

MADAME NOBLET

Que ce commencement me donne déjà de joie ! Je ne me sens pas ; et si j'empêche le marquis de se marier, je me tiendrai la plus heureuse femme du monde.

MADAME JOBIN

Je vous l'ai promis. Vous serez contente.

MADAME NOBLET

En vérité, madame Jobin, il y va de votre intérêt de m'obliger. Vous m'avez assurée il y a longtemps que mon vieux mari mourrait avant qu'il fût peu. Le marquis m'a trouvé de l'esprit, cl quelque mérite. J'ai pris plaisir à le voir ; je l'ai aimé sans lui en rien dire, parce que j'ai cru être bientêt en état de pouvoir disposer de ma personne, et vous êtes la seule cause de cet amour. Il s'est rendu si puissant, que la perte du marquis serait pour moi le plus cruel de tous les malheurs. Le mariage de la comtesse accommode ses afl'aires; et quand il m'en parle, il me siérait mal de lui faire voir que je suis jalouse, puisque mon bonhomme vivant toujours, il n'y a aucune prétention qui me soit permise; mais enfin, sur ce que vous m'avez dit bien des fois, je me flatte de jour en jour qu'il mourra; et dans la pensée que le marquisn'aura aucune répugnance à m'épouser, je ne puis souffrir qu'il pense à une autre. Rompez ce malheur, je vous en prie. Il y va de ce que je puis avoir de plus cher, puisqu'il y va de tout mon repos. Comme il ne me croit que son amie, il ne me soupçonne pas d'agir contre lui.

MADAME JOBIN

Il n'a garde de vous soupçonner. Quel intérêt croirait-il que vous y prissiez? Votre vieux grison ne décampe point. Cependant vous pouvez être son amante en tout honneur, car je vous réponds du veuvage dans quelques mois.

MADAME NOBLET

C'est pour cela. Nous n'avons qu'un peu de temps à gagner. Je me tiens sûre qu'il me préférerait à toute autre; mais il n'y a pas moyen de s'expliquer avant qu'être veuve.

MADAME JOBIN

Dormez en repos. Je prends l'afi'aire sur moi, et tôt ou tard je la ferai réussir.

LA DEVINERESSE, ACTE II, SCÈNE III

MADAME NOBLBT.

N'épargne rien, je te prie, ma chère madame Jobin; je n'aurai pointde fortune qui ne soità toi.

MADAME JOBIN

Mon Dieu, ce n'est point par intérêt. Quand une femme a eu quelque temps l'incommodité d'un vieux barbon, il est bien juste de lui aider à la marier selon son cœur. ^

MADAME NOBLET

Adieu, quelqu'un entre; nous en dirons davantage la première fois.

BIADAME JOBIN, M. GOSSEUN.

MADAME JOBIN

Que demandez-vous, monsieur? Maisque vois-je? Est-ce que mes yeux me trompent? Non. Quoi, mon frère, après dix années d'absence...

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