M. 00S8BLIN
Ne m'approche pas, tu m'étoufferais peut-être en m'embrassant, ou tu me ferais entrer quelque démon dans le corps.
MADAME JOBIN
Un démon, moi ?
M. GOSSELIN
Tu en sais bien d'autres.
MADAME JOBIN
Me voilà en bonne réputation auprès de vous; mais encore, qui vous a donné cette pensée?
M. GOSSELIN
Qui me l'a donnée? Tous ceux qui ont été ici seulement deux jours, et qui reviennent ensuite au pays. On n'y parle d autre chose que des diableries dont tu te mêles, et on ne veut plus me laisser procureur fiscal, parce qu'on dit que je suis le frère d'une sorcière.
MADAME JOBIN
Nous viderons cet article. Laissez-moi cependant vous embrasser.
M. GOSSELIN
Ne m'embrasse pas, te dis-je; je ne veux non plus de toi que du diable, à moins que tu ne renonces à toutes tes sorcelleries. C'est de quoi je me suis chargé de te prier au nom d'une famille que tu déshonores.
MADAME JOBIN
Que vous êtes un pauvre homme!
M. GOSSELIN
Tu devines bien, je suis un pauvre homme. J'ai des procès qui me ruinent, et je suis venu à Paris en poursuivre un qui peut-êlre me mettra à la besace.
MADAME JOBIN
Hé bien, mon frère, il faut faire solliciter pour vous, j'ai de bons amis.
M. GOSSELIN
Je n'ai que faire de toi, ni de tes amis.
MADAME JOBIN
Voilà comme sont la plupart des hommes. Ils donnent dans toutes les sottises qu'on leur débite, et, quand une fois ils se sont laissé prévenir, rien n'est plus capable de les détromper. Voyez-vous, mon frère, Paris est le lieu du monde où il y a le plus de gens d'esprit, et où il y a aussi le pios de dupes. Les sorcelleries dont on m'accuse, et d'autres choses qui paraîtraient encore plus surnaturelles, ne veulent qu'une imagination vive pour les inventer, et de l'adresse pour s*en bien servir. C*est par elles que l'on a croyance en nous. Cependant la magie et les diables n'y ont nulle part. L'effroi où sont ceux à qui l'on fait voir ces sortes de choses, les aveugle assez pour les empêcher de voir qu'on les trompe. Quant à ce qu'oo vous aura dit que je me mêle de deviner, c'est un art dont mille gens qui se livrent tous les jours entre nos mains, nous facilitent les connaissances. D'ailleurs le hasard fait la plus grande partie du succès dans ce métier. Il ne faut que de la présence d'esprit, de la hardiesse, de l'intrigue, savoir le monde, avoir des gens dans les maisons, tenir registre des incidents arrivés, s'informer des commerces d'amourettes, et dire surtout quantité de choses quand on vous vient consulter. Il y en a toujours quelqu'une de véritable, et il n'en faut quelquefois que deux ou trois dites ainsi par hasard, pour vous mettre en vogue. Après cela, vous avez beau dire que vous ne savez rien, on ne vous croit pas, et bien ou mal on vous fait parler. Il se peut faire qu'il y en ait d'autres qui se mêlent de plus que je ne vous dis ; mais pour moi, tout ce que je fais est fort innocent. Je n'en veux i la vie de personne, au contraire, je fais du plaisir i tout le monde, et comme chacun veut être flatté, je ne dis jamais que ce qui doit plaire. Voyez, mon frère , si c'est être sorcière qu'avoir de l'esprit, et si vous me conseilleriez de renoncera une fortune qui me met en pouvoir de vous être utile.
M. GOSSEUN.
Tu as bonne langue, et à t'entendre, il n'y a point de diablerie dans ton fait; mais je crains bien...
MADAME JOBIN
Écoutez, mon frère, n'en croyez que vous. Demeurez seulement un jour avec moi, et vos yeoi vous éclairciront de lavérité.|Vous en allez même avoir le plaisir tout présentement. Cachez-vous. Voici une fille qui est d'intelligence avec moi pour attraper de l'argent à sa maltresse. Vous entendrez tout.