SCÈNE I LE MARQUIS, MATHURINE
LE MARQUIS
Peut-on voir madame Jobin?
MATHURINE
Est-ce que vous avez quelque chose de si pressé à lui dire? Dame, elle a bien des gens à qui parler.
LE MARQUIS
J'aurai patience. Il me suffit de savoir qu'elle soit chez elle.
MATHURINE
Ils sont cinq ou six là-haut qui attendent à la porte, et qu'elle fait entrer l'un après l'autre dans son cabinet. Klle leur montre là du plus fin.
LE MARQUIS
On dit qu'elle en sait beaucoup.
MATHURINE
Oh! il n'y a point de femme plus habile qu'elle.
LE MARQUIS
J'ai ouï assurer qu'elle ne se trompe jamais.
MATHURINE
Elle n'a garde.
Comment?
MATHURINE
Je ne dis rien. Vous n'avez qu'à lui demander ce que vous voudrez.
LE MARQUIS
Elle sait donc tout?
MATHURINE
Vraiment.
LE MARQUIS
C'est-à-dire qu'elle a toujours quelque diable en poche?
MATHURINE
Elle ne me montre pas tout ce qu'elle a. Je vois seulement un gros vilain oiseau dans sa chambre, qui ne manque point à voler sur son épaule dès qu'elle l'appelle. Il lui fourre son bec dans l'oreille pour lui jargouDer je ne sais quoi. Il a un bien laid langage que je n'entends point; mais il faut bien qu'elle Tenlende elle, car après qu'ils ont été ainsi quelque temps, elle n'a plus qu'à ouvrir la bouche pour prédire le passé, le présent et l'avenir.
LE MARQUIS
Et n'as-tu vu que cela?
MATHURINE
Oh ! bien autre chose. Mais elle ne sait pas que je l'ai vu.
Et c'est?
MATHURINE
Vous ririez dire, et puis on me chasseraiL
LE marquis; Je rirais dire?
MATHURINE
Voyez-vous, je ne gagnerais jamais autant autre part. Il y a bien des profils avec elle. J'oblige d'honnêtes gens qui sont pressés de la consulter; Je les fais monter avant les autres, et vous saveÉ bien, monsieur. i.
LA DEVINERESSE, ACTE III, SCÈNE II
LB MARQUIS
Ne crains rien de moi. Voilà deux pistoles pour assurance que je ne parlerai point.
HATHURINE.
Vous êtes brave iiomme, je le vois bien, et il n'y a point de hasard à vous dire tout. Quand elle veut faire ses grandes magies, elle s'enferme dans un grenier où elle ne laisse jamais entrer personne. Je m'en fus, il y a trois jours, regarder ce qu'elle faisait par le trou de la serrure. Elle était assise, et il y avait un grand chat tout noir, plus long deux fois que les autres chats, qui se promenait comme un monsieur sur ses pattes de derrière. Il se mit après à l'embrasser avec ses deux pattes de devant, et ils furent ensemble plus d'un gros quart d'heure à marmotter. ^^.^yU^
LE MARQUIS
Voilà un terrible chat.
HATHURINE.
Je ne sais s'il vit que je regardais par la serrure, mais il vint tout d'un coup se jeter contre la porte, et je la croyais enfoncée, tant il fit de bruit. Ce fut bien à moi à me sauver.
LE MARQUIS
Comment est-ce qu'on t'appelle ?
MATHURINE
Mathurlne, monsieur, à votre service.
LE MARQUIS
Écoute, Mathurine. Je suis curieux, et je sais plusieurs secrets qui approchent fort de ce que fait madame Jobin. Elle t'emploie et quelque autre encore dans les magies? Vingt pistoles ne tiennent à rien. Je te les vais donner, tout présentement, si tu veux m'apprendre de quelle manière...
MATHURINE
Je pense, monsieur, que vous vous moquez. Vous êtes secret, et je ne m'aviserais pas de vous rien cacher, si elle m'avait employée à quelque chose. Itfais c'est avec des paroles qu'elle fait tout, et si vous voulez savoir comment, il faut que vous trouviez moyen de faire amitié avec son chat; car il n'y a que lui qui le puisse dire.
Tu crains...
MATHURINE
Tenez. Voilà une dame qui sort de son cabînel, demandez-lui si elle en est satisfaite. Je vais cependant lui faire savoir qu'on l'attend ici, afin qu'elle dépêche ceux qui sont là-haut.