‹ Théatre completChapitre 14 sur 1461 · SCÈNE VII ISABELLE, D. FÉLIX, ALONSE, BÉATRK · texte numérisé non relu

SCÈNE VII ISABELLE, D. FÉLIX, ALONSE, BÉATRK

ISABELLE

Quoi, toujours quereller, soit de jour, soit de nuit.

D. FÉLIX

Une juste douleur se peut-elle contraindre, Quand on a jour et n ult tant de lieu de se plaindre ?

ISABELLE

Et de qui, don Félix?

D. FÉLIX

Hé bien, dissimulez.

Je veux taire avec vous le feu dont vous brûlez, Aussi bien vous aimant, j'ai part à votre gloire : Et l'inconstance étant une tache trop noire, J'aurais peine à souffrir qu'il vous fût reproché Que d'un crime si bas votre cœur fût taché. Mais de peur qu'un vieillard ne puisse enfin connat- Que de nuit mon rival vous parle à la fenôlre, [tre Donnez un meilleur ordre, et choisissez de jour Des agents plus adroits pour les billets d'amour.

De quoi me parlez-vous, et quel dessein vous porte A venir aujourd'hui m'insulter de la sorte? Moi, j'aurais, au mépris de ce que je vous dois, En faveur d'un rival disposé de ma foi?

D. FÉLIX

C'est une nouveauté dont j'ignore la cause; Mais ce billet pourtant en dit bien quelque chose,

ISABELLE

Quel billet? ,

D. FÉLIX , montrant Béatrix.

C'est donc peu qu'entre ses mains surpris.

ISABELLE

Surpris entre ses mains! Qu'est ceci, Béatrix?

BÉATRIX

Moi, pourrais-je savoir ce que ce pourrait être, Connaissant aussi peu le valet que le maître?

D. FÉLIX, ù Béatrix,

Tu n'es pas à blâmer quand tu m'oses trahir. Ta maîtresse l'ordonne, il lui faut obéir.

ISABELLE

Enfin, soit tout de bon, ou soit par raillerie, C'est trop continuer, arrêtez, je vous prie, Ces soupçons à ma foi sont trop injurieux; Et,m'aimant,vou8devezmeconnaltreunpeu mieux.

D.' FÉLIX

Je le devrais, ingrate, et c'est là mon supplice, Qu'après mille devoirs, et deux ans de service. Quand je crois ton amour à mon amour égal, Tes trahisons font voir que je te connais mal : Mais enfin je n'ai pas dessein de te confondre. Adieu. Prends ce billet, et va-t'en y répondre. Je ne t'arrête plus; satisfais promptement A ce que veut de toi ce généreux amant : Ton péril fait sa crainte, et sans ingratitude Tu ne peux le laisser dans son inquiétude : I Fais-lui, fais-lui réponse, il la mérite bien.

Page 1