SCÈNE VII ISABELLE, D. FÉLIX, ALONSE, BÉATRK
ISABELLE
Quoi, toujours quereller, soit de jour, soit de nuit.
D. FÉLIX
Une juste douleur se peut-elle contraindre, Quand on a jour et n ult tant de lieu de se plaindre ?
ISABELLE
Et de qui, don Félix?
D. FÉLIX
Hé bien, dissimulez.
Je veux taire avec vous le feu dont vous brûlez, Aussi bien vous aimant, j'ai part à votre gloire : Et l'inconstance étant une tache trop noire, J'aurais peine à souffrir qu'il vous fût reproché Que d'un crime si bas votre cœur fût taché. Mais de peur qu'un vieillard ne puisse enfin connat- Que de nuit mon rival vous parle à la fenôlre, [tre Donnez un meilleur ordre, et choisissez de jour Des agents plus adroits pour les billets d'amour.
De quoi me parlez-vous, et quel dessein vous porte A venir aujourd'hui m'insulter de la sorte? Moi, j'aurais, au mépris de ce que je vous dois, En faveur d'un rival disposé de ma foi?
D. FÉLIX
C'est une nouveauté dont j'ignore la cause; Mais ce billet pourtant en dit bien quelque chose,
ISABELLE
Quel billet? ,
D. FÉLIX , montrant Béatrix.
C'est donc peu qu'entre ses mains surpris.
ISABELLE
Surpris entre ses mains! Qu'est ceci, Béatrix?
BÉATRIX
Moi, pourrais-je savoir ce que ce pourrait être, Connaissant aussi peu le valet que le maître?
D. FÉLIX, ù Béatrix,
Tu n'es pas à blâmer quand tu m'oses trahir. Ta maîtresse l'ordonne, il lui faut obéir.
ISABELLE
Enfin, soit tout de bon, ou soit par raillerie, C'est trop continuer, arrêtez, je vous prie, Ces soupçons à ma foi sont trop injurieux; Et,m'aimant,vou8devezmeconnaltreunpeu mieux.
D.' FÉLIX
Je le devrais, ingrate, et c'est là mon supplice, Qu'après mille devoirs, et deux ans de service. Quand je crois ton amour à mon amour égal, Tes trahisons font voir que je te connais mal : Mais enfin je n'ai pas dessein de te confondre. Adieu. Prends ce billet, et va-t'en y répondre. Je ne t'arrête plus; satisfais promptement A ce que veut de toi ce généreux amant : Ton péril fait sa crainte, et sans ingratitude Tu ne peux le laisser dans son inquiétude : I Fais-lui, fais-lui réponse, il la mérite bien.