SCÈNE III MADAME JOBIN, LE CHEVAUER
LE CHEVALIER
Ah! VOUS voilà, madame Jobin, je vous attendais.
MADAME JOBIN
Eh bien! notre affaire?
LE CHEVALIER
Elle ne peut mieux aller. Hier après vous avoir quittée, je me fis mener en chaise roulante à deux lieues d'ici. Les vitres étaient levées, j'avais le nez couvert d'un manteau, et il était impossible de me connaître. Le soir approchant, je pris la poste et allai mettre pied à terre à la porte de la marquise. Heureusement, soit pour m'attendre, soit pour regarder, elle était à sa fenêtre. Elle m'aperçut, et je lui entendis faire un cri. Je montai en haut, et la trouvai un peu interdite. Elle ne voulait presque point souffrir que je l'approchasse, tant elle avait peur que je ne tinsse de l'esprit qui m'avait donné sa lettre. Mais je la rassurai par mille choses que je lui dis. Mille protestations d'amour suivirent, et si elle me tient parole, il ne me reste plus que trois jours à soupirer.
MADAME JODIN.
Elle vous épouse?
LE CHEVALIER
Oui, son portrait baisé a fait des merveilles, et elle ne peut trop payer ma fidélité.
LA DEVINERESSE, ACTE IV, SCÈNE V
MADAME JOBIN
Je suis ravie que mon adresse vous ait fait heureux,
LE CHEVALIER
Je reconnaîtrai ce que vous avez fait pour moi. Mais je puis dire que vous avez aussi travaillé pour vous, car cela vous met dans une réputation incroyable. La marquise a dit à quelqu'un ce qui s'était hier passé chez vous. Ce bruit a couru, et j*ai déjà vu quatre ou cinq de mes amis qui m'ont demandé s'il était vrai que je fusse hier à vingt lieues d'ici.
MADAME JOBIN
N'allez pas les détromper.
LE CHEVALIER
Ce serait me perdre. Je leur jure à tous que j'étais absent, et que je pris la poste sur une lettre que je reçus à deux heures. Mais adieu, je vous viendrai trouver à minuit parce que j'aurai longtemps à vous parler, car vous avez toujours tant de pratiques...
Vous n'en devez pas être fâché, je le dois à ce que vous avez publié de moi.