SCÈNE II LE MARQUIS, LE CHEVÂUER
LE MARQUIS
Comment, chevalier, vous à Paris !
LE CHEVALIER
Un billet de la marquise que je reçus hier sur les deux heures par un exprès qu'elle m'avait envoyé, m'a fait revenir si promptement.
LE MARQUIS
On veut qu'elle soit venue hier consulter madame Jobiu sur votre chapitre; qu'elle vous y ail vu dans un miroir baisant son portrait.
LE CHEVALIER
Il est vrai que je baisais toujours son portrait dans ma solitude.
LE MARQUIS
Qu'elle vous ait écrit dans le môme temps pour vous ordonner de revenir; qu'un esprit vous ait porté sa lettre, et qu'il ait apporté votre réponse un quart d'heure après.
LE CHEVAUER.
Que m'apprenez -vous? Il est certain qu'à moins qu'être diable, on ne saurait avoir fait plus de diligence que moi.
Vous croyez donc que c'était un diable?
LE CHEVAUER.
Peut-être me faites- vous un conte pour vous divertir, mais ce qui est très vrai, c'est que je baisais le portrait de la marquise un moment avant que sa lettre me fût rendue.
LE MARQUIS
Vous le baisiez. On vous a écrit, et vous avez fait réponse sur l'heure. Je ne sais plus que vous dire.
LE CHEVALIER
Je ne suis pas moins siirpris que vous.
LE MARQUIS
Madame Jobin est de vos amies. .Elle vous dira ce qui en est.
LE CHEVAUER.
Je ne sais si c'est une chose dont je doive chercher à être éclairci. Mon principal intérêt est de savoir d'elle si je n'ai point à craindre quelque changement de la marquise.
LE MARQUIS
On m'a dit qu'elle ne tarderait pas à revenir. Je vais vous laisser l'attendre. Comme il faut que je sois seul pour ce que j'ai à lui dire, je prendrai mon heure.
LE CHEVALIER
Si ce n'est que pour moi que vous sortez, je vous quitterai la place.
Non, rien ne me presse, et je serais même bien aise de ne lui parler pas sitôt.