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SCÈNE II LÉON, BRADAMANTE, DORALISE

Madame, permettez, pour la première fois, Que je me plaigne à vous de vos injustes lois. Plus je touche au moment que j'y dois satisfaire, Plus je sens que mon cœur à moi-même est con-

[traire.

Pour lui votre conquête est le plus grand des biens, Mais, quand je m'y prépare, il en hait les moyens ; Et confus dans ses vœux qu'il approuve et rejette. Voulant vous acquérir, il craint ce qu'il souhaite. Non qu'un combat Tétonne, il sait trop de quel prix Est l'adorable objet dont on le voit épris. Viennent tous ces guerriers, dontla haute vaillance A rempli l'univers du renom de la France, Qu'ils m'osent disputer le nom de votre époux. Ferme, et sans m'étonner, je les attendrai tous ; Et pour en triompher, malgré leur avantage, Il suffit que l'amour seconde mon courage. Mais ce même courage intrépide aux combats. Où contre mes rivaux je laisse agir mon bras, Ce courage si ferme, et que rien n'épouvante. Frémit, se laisse abattre au nom de Bradamante, Il se rend, il lui cède, et je n'ai plus de cœur Dès qu'il faut acquérir le nom de son vainqueur. Ah! Madame, changez une loi si cruelle. Ne désespérez point l'amant le plus fidèle; Et par mes seuls devoirs laissez-moi remporter Ce qu'en vous combattant je n'ose mériter.

BRADAMANTE

Prince, depuis un mois je vous ai fait connaître Quelle je fus toujours, et quelle je veux être. Vous m'aviez demandé ce temps pour m'engager A quitter un dessein que rien ne peut changer. A quoi que votre amour pour le rompre s'obstine. Ce n*est qu'à mon vainqueur que ma main se des- Et prêt à disputer la victoire entre nous, [tine; Le trouble qui vous gêne est indigne de vous. Mais je vois ce qui met ce trouble dans votre âme, Il vous parait honteux de combattre une femme; Et c'est ne vods donner à vaincre qu'à demi,

Que de vous mettre en tête un si faible ennemi.

Avec tout l'univers qui les vante, les prise, Jesaisqu on craint partoutBradamanteetMarphîse, Que leur valeur est rare, et qu'en plus d'un combat Des plus fameux exploits elle a terni l'éclat; Mais malgré tout le bruit que fait leur renommée, Où prendre un ennemi dans Bradamante aimée. Et comment se résoudre à combattre, à s'armer, Quand le cœur qui se rend n'est fait que pour aimer?

BRADAUANTE. [fC,

Hé bien, seigneur, hé bien, si vous m'en voulez croi- Nous ouvrirons le champ seulement pour la gloire. Pour rendre en ce défi tout égal «tre nous. Renoncez au dessein de vous voir mon époux^ Étouffez un amour qui vous nuit, et me blesse. Nous pourrions joindre alors la valeur à l'adresse. Et voir qui de nous deux, dans ce noble intérêt. Avec plus de fierté soutiendra ce qu'il est.

LEON

Et l'amour sur les cœurs prend-il si peu d'empire. Qu'au moment qu'on le veut on puisse s'en dédire? Du combat jusqu'ici j'ai voulu m'affranchir Pour faire agir mes soins, tâcher de vous fléchir ; Mais tous ces soins n'ont fait qu'offrir mieux à ma Les rares qualités dont vous êtes pourvue, [vue Mon mal s'en est accru ; le trait qui m'a blessé, Dans mon cœur plus avant s'est toujours enfoncé ; Et mes trisées devoirs n'ont servi qu'à me rendre Capable d'un amour et plus fort et plus tendre. Mais quelle est mon erreur, et que puis-je espérer De qui pour mon rival se platt à soupirer? Ma tendresse a beau faire, un autre a pris la place, Roger, l'heureux Roger...'

BRADAltANTB.

N'en dites rien, de gf&ce.

Il est absent, seigneur, et si quelque souci Vous le fait voir à craindre...

AhlQuen'est-iiicil Pour empêcha mon cœur de se laisser abattre, Que n'ai-je, au lieu de vous, ce rival à combattre? Avec combien de joie et de ravissement Lui ferais-je éprouver...

BRADAMANTE

Vous parlez en amant.

Roger est dangereux, sa valeur est extrême. Tout le monde lui cède, et Bradamante même; Cependant Bradamante a le bras, a le cœur Capable d'étonner le plus hardi vainqueur; Et ce triomphe heureux dontl'ardeur vous en tratoe, Peut-être à l'obtenir aurez-vous quelque peine. La gloire est un grand prix, s'il m'y faut renoncer. Ce n'est que par ma mort qu'on m'y pourra forcer.

LÉON

Moi, vouloir votre mort ? Que dites-vous, madame? C'enestfait,jelevois,plusd'espoirpourm«flamme. J'avais cru,s'agissant de gagner votre cœur. Que vous n'affectiez point un combat de rigoear;

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