BRADAMANTE, ACTE 1, SCÈNE IV
Que ce serait assez pour avoir cette gloire, Que sur vous par Tadresse on cherchât la victoire, El qu'où Tamour ne vainc que pour être soumis, Un triomphe cruel n'était jamais permis. Mais puisque vous voulez une entière défaite, Il faut, madame, il faut vous rendre satisfaite. Après ce dur aveu je sais ce que je doi, Vous n'aurez pas de peine à triompher de moi. Sans m*opposer au hras qu'arme tant d'injustice, J'irai de tout mon sang vous faire un sacrifice. Et, cherchant à mourir, présenter à vos coups Ce cœur que je n'ai pu rendre digne de vous. Du moins, comme à l'amour, ma triste vie est due. C'est par vous et pour vous que je l'aurai perdue ; El j'aurai la douceur, dans mes derniers soupirs. D'avoir, en expirant, contenté vos désirs.
BRADAMANTE. [de,
Seigneur, le sang n'est pas ce que mon cœur deman- Pour désarmer mon bras il suffit qu'on se rende, Et quand il vous plaira me dédaigner assez Pour rougirdu projet où vous vous abaissez, [dre Quelque juste sujet qu'un autre eût de s'enplain- Renonçant à l'amour vous n'avez rien à craindre. Maîtresse de ma foi, je réponds de vos jours.
LÉON
Continuez, madame, il vous vient du secours. Marphise qui parait, affermit dans votre âme Le généreux mépris que Ton fait de ma flamme. Je vous laisse avec elle, et vais me préparer A ce qu'en vain encor je voudrais différer.