SCÈNE II
ISABELLE, JACINTE, D. ALVAR et GUZMAN caché» dans tm coin da théâtre,
ISABELLE
5on, non, je ne veux pas me manquer au besoin. Allons trouver mon père,et quoi qu'enfin prétende...
JACINTE
Mais du moins attendez...
Que veux-tu que j'attende?
Que demaia de nouveau cet odieux époux ir^te la liberté d'embrasser ses genoux, Et de le conjurer, s'il m'a donné la vie, De ne pas consentir qu'elle me soit ravie?
JACINTE
J'approuve votre avis, et veux ce qu'il vous plaît, Mais nous ne savons point en quelle chambre il est, Où le chercherons-nous?
ISABELLE
0 destin trop contraire!
Faut-il qu'un peu de bien aveugle tant un père, Qu'il s'en laisse éblouir, et qu'un si vil poison D'une honteuse atteinte infecte sa raison? Mais, sans plus balancer, rendons au vrai mérite Le tribut innocent dont il nous sollicite, Et s'il faut aujourd'hui se résoudre d'aimer. Faisons un digne choix qu*on ne puisse blâmer. Mais que dis-je? U est fait, et ce serait un crime De payer tant d'amour par une simple estime : Vivons pour don Alvar, et jusques au tombeau, S'il m'aime...
GUZMAN, à D. Alvar,
Vous avez bonne part au gâteau.
ISABELLE
Quelqu'un nous écoutait, et j'ai trahi ma flamme. Ah ! ciel !
O. ALVAR
Ne craignez rien, c'est don Alvar, madame.
ISABELLE
D. Alvar I
Écoutez un malheureux amant Qu'un destin trop cruel poursuit obstinément, Et qui, près devons perdre en son malheur extrême, Se croira soulagé s'il vous dit qu'il vous aime : Ce faible allégement dans un tel déplaisir Ne vous saurait coûter tout au plus qu'un soupir.
ISABELLE
Hélas!
D. ALVAR
Enfln, madame, il n'est plus temps de feindre. Mon amour est trop pur pour le vouloir contraindre: Qui languit sans espoir peut bien se déclarer, La plus âpre vertu n'en saurait murmurer. Par quel décret fatal me fûtes-vous connue! Je vous perdis soudain après vous avoir vue, Cependant en secret mon cœur porte vos fers. Et quand je vous retrouve, aussitôt je vous perds. 0 fortune obstinée à traverser ma joie, A combien de douleurs mets-tu mon âme en proie!
ISABELLE
N'accusez aujourd'hui la fortune de rien. Ce n'est qu'aux malheureux que la plaintesied bien. Je ne cèlerai point que votre amour me touche, Puisque vous avez pu l'apprendre de ma bouche. Et que par cet aveu qui rend mes sens confus, Mes derniers sentiments vous sont assez connus. Cessez donc de pleurer ma perte imaginaire, Je ne dépends peint tant des volontés d'un père; Qu'écoutant un devoir à mon repos fatal, Je me laisse contraindre à l'amour d'un brutal t Mon cœur dût-il souffrir une peine infinie, Saura se dérober à cette tyrannie :