‹ Théatre completChapitre 1451 sur 1461 · LÉON, ROGER · texte numérisé non relu

LÉON, ROGER

ROGER. [encore

Hé bien, seigneur, hé bien, vous plaindrez- vous D'un secret dont l'aveu me perd, me déshonore? Je n'en suis plus le maître, et Marphise a parlé ; Ce funeste secret est enfin révélé.

Réduit à confesser ce que je voulais taire. Malgré moi je vous montre un rival téméraire, Qui ne peut, quoi qu'il fasse, être assez généreux Pour voir, sans le souffrir, ce qui vous rend heureux. Le crime est grand, sans doute, ordonnez-en la

[peine.

Mais ne m'accablez point, seigneur, de votre haine. Je sacrifie assez peut-être à l'amitié.

Pour mériter de vous un reste de pitié.

LÉON

Non, ne prétendez point que ce dur sacrifice De vos déguisements efface l'injustice.

Sur ce que vous souffrez en vain j'ouvre les yeux. Je ne puis voir en vous qu'un rival odieux. J'ose tout, je fais tout pour vous sauver la vie; Et, lorsqu'à m'estimer ce bienfait vous convie, Par un silence ingrat vous faites vanité D'être sans confiance et sans sincérité.

ROGER

La vie, hélas? pourquoi me l'avez-vous sauvée? Quand j'attendais la mort, par vous m'est con-

[servée, n est vrai ; mais je puis vous apprendre, à mon tour, Que ce bienfait reçu vous a sauvé le jour. Plein d'un jaloux transport qui m'agite, me presse. Pour vous percer le cœur je pars, je vole en Grèce. Après qu'en vous cherchant j'ai porté mille coups. Que ma haine eût voulu faire tomber sur vous. Malgré cette fureur de votre sang avide. Je me rends tout à coup à moi-même perfide; Et contre mes serments, forcé de les trahir. J'ose, quand je vous vois, cesser de vous haïr.

LÉON

Ah? Si mon sang pouvait adoucir votre peine, H eût été plus beau de garder votre haine. Que de me déguiser par quel bizarre sort Vous vous trouviez réduit à poursuivre ma mort Charmé de voir en vous une vertu briJiaote,

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