DON BERTRAND DE CIGARRAL, ACTE III, SCÈNE IX
Qu'en pourrait-elle dire? Elle est presque ma fem-
GUZMAN, Varrêlant loujoun, [me.
Qu*avec peu de respect vous auriez peu de flamme, Elle pourrait s*en plaindre avec juste raison; Mais, puisque vous avez cette démangeaison. Je vous prierai....
D. BERTRAND
De quoi ?
La prière est hardie.
De mfe dire des vers de quelque comédie ; Car, en ayant tant fait, comme célèbre auteur, Vous en savez du moins quinze ou seize par cœur.
D. BERTRAND
Ma foi, je suis ravi par ce que tu proposes. De te voir curieux d'ouïr les belles choses, Je t'en aime encor plus, et veux te faire part D'une pièce admirable où j'ai surpassé l'art. Elle est bien pathétique, en sentiment fort tendre.
GUZMAN
Entrons dans votre chambre, afin de mieux l'enten-
D. BERTRAND. [drc.
J'éveillerais ma sœur qui nous interromprait : Tu verras là dedaus un galant bien adroit, Et l'ouvrage surtout merveilleux en conduite.
GUZMAN
C'est pour être joué cinquante jours de suite. Vous l'appelez ?
D. BERTRAND
Hérode innocentiiuant.
GUZMAN
Le beau titre I
D. BERTRAND
Au sujet il est fort congruant; Tu l'avoueras toi-môme; et je te fais arbitre S'il pouvait recevoir un plus sortable titre : Tout vient dans ce grand poème admirablement GUZMAN. [bien.
Jamais auprès de vous Lope n'y connut rien.
D. BERTRAND
Aussi jamais travail ne me fit plus de peine : Mais, pour venir au fait, dans la première scène Je fais entrer Hérode, et trois cents innocents.
GUZMAN
Deux vers à chacun d'eux, c'en est déjà six cents. Pour peu qu'Hérode encore ait avec lui des pages. Le théâtre est rempli d'assez de personnages. La seconde? Sortez.
(// dil ce dernier mot à D, Àlvar qui parait avec Jacinte
ù In porte d'ttabelle,)
D. BERTRAND
Qui viens-tu d'avertir?
GUZMAN
Je parle aux innocents pour les faire sortir.
Ils tiennent trop de place. Enfln, dans la seconde?
D. BEUTRAND.
Je fais dans celle-là le plus beau trait du monde. Au moment qu'ils sont tous condamnés à la morL.. {Comme D. Àlvar est ù demi sorti de la chambre d' Isabelle ^
D, Bertrand détourne la tête, ce qui oblige D, Àhar «ff
rentrer, et D, Bertrand continue,) Mais qu'est ceci ? Je vois ce qui me déplaît fort.
D. ALVAR, A Jacinte, Ferme vite.
D. BERTRAND
Ah, vraiment, ma maîtresse, ma vie, Je vous faisais grand tort de vous croire endormie.
GUZMAN
Qu'avez-vous vu, monsieur?
D. BERTRAND
Un homme seulement Qu'Isabelle en sa chambre enferme galamment, Jl allait s'échapper quand j'ai tourné la tète. Tiens en main comme moi la dague toute prête, Je lui veux, tout au moins, couper jambes et bras. Ouvrez, ouvrez, vous dis-je, ou je mets porte bas.
JACINTE, dedans la chambre.
Qui frappe?
D. BERTRAND
Moi, mari de fabrique nouvelle.
{Isabelle sort de sa chambre avec Jacinte, qui tient de k lumière,)