DON BERTRAND DE CIGARRAL, ACTE IV, SCÈNE III
Jaser? Comme une pie; Tant de raisons en Tair de ceci, de cela. Qu'enfin je crus devoir y mettre le holà. Je suis bien à mon aise avec mon mariage!
GUZMAN
Quoi, vous l'épouseriez? Vous, monsieur?
D. BERTRAND
J'en enrage :
Mais don Garcie...
GUZMAN
Hé bien, se veut-il mutiner?
D. BERTRAND
C'est un vieillard colère, et jusqu'à dégaioer.
GUZMAN
Dégainez.
D. BERTRAND
Au besoin, tu manques de prudence.
S'il faut que je le tue?
GUZMAN
Il sera mort, je pense.
D. BERTRAND
Ensuite d'un combat où j'aurai tout risqué, Si mon bien se confisque?
Il sera confisqué.
D. BERTRAND
Toi-même, en pareil cas, te voudrais-tu bien battre?
GUZMAN, mettant Pépée à la main.
Ah ventre 1 Ah tète I Ah sang I
D. BERTRAND
Tu fais le diable à quatre !
GUZMAN
Qui vive? Par la mort, vous en avez menti.
O. BERTRAND
Guzman a du courage.
GUZMAN
Il est déjà parti; Et je tiens comme vous, que de flamberge nue La vision est laide, et blesse fort la vue ; S'il m'en fallait tâter, je pourrais filer doux. Et je ne me battrais, ma foi, non plus que vous.
D. BERTRAND
L'on y peut beaucoup perdre, et Ton n'y gagne guè- GUZMAN. [res.
Si le jeu vous déplaît, songez à vos afi'aires.
D. BERTRAND
Pourquoi ?
GUZMAN
Ce don Félix est un méchant garçon.
Et veut faire avec vous le coup d'estramaçon. Comme ofi'ensé, dit-il, sans raison raisonnable.
Ces esprits de Madrid sont prompts comme le diable.
GUZMAN
C'est un lancier bien rude à qui s'ose y jouer.
D. BERTRAND
Que ne suis-je à Tolède! il faut l'amadouer; Car tentant le hasard, sur quoi que je me fonde,
Il me faudrait quitter le pays ou le monde; Et je me trouve bien, ma foi, dans tous les deai. Mais, diable, le voici ce redoutable preux ! Ah, pauvre don Bertrand!