SCÈNE III D. BERTRAND, D. FÉLK, GUZMAN
D. FELIX
J'ai deux mots à vous dire.
D. BERTRAND
Dites.
D. FÉLIX, montrant G«%n%an, Mais en secret : dites qu'il se retire.
D. BERTRAND. [faut,
Quiconque marche droit, sans fraude, et comme il Ne fait rien en cachette, et parle toujours haut :. Quant à moi, je ne crains nullement qu'on m'en- D. FÉLIX. [tende.
Certes, avecque vous la courtoisie est grande. Que vous ne vouliez pas éloigner un valet.
D. BERTRAND
Hier, quand je vous parlai, je parlai haut et net: Je ne demande rien que je ne veuille faire; Et vous pouvez choisir de parler ou vous taire.
D. FÉLIX
J'ai toujours grand sujet de me louer de vous.
D. BERTRAND
Il est vrai, je veux bien l'avouer entre nous. Hier, transporté d'amour, j'eus l'âme un peu hau- Vous n'eûtes pas de moi satisfaction pleine, [taine, Je fis trop peu d'état de votre compliment ; Vo^is vouliez m'honorer fort amiablement. Venir jusqu'à Tolède avec toute la bande. Et c'était là me faire une grâce fort grande; Je devais l'accepter, je l'avoue à ce coup. Car vous êtes brave homme, et vous valez beaucoup, Gracieux, obligeant; déplus, je considère Que vous étiez ami de feu monsieur mon père. Ainsi, par ces raisons, pour refaire la paix. Vous serez de ma noce, et je vous le promets; Prenez place au carrosse auprès de l'épousée; Et pour rendre entre nous celte paix plus aisée, J'aurai deux violons pour nous faire danser. Vous êtes mon ami plus qu'on ne peut penser; Et pour l'amour de vous, je me mettrais en pièces.
o. FÉLIX.
Ce n'est pas là...
D. BERTRAND
Combien avez-vous de maîtresses?
Je vous trouve bien fait, vous avez l'œil migoon, Et la mine, surtout, d'être bon compagnon.
Enfin, venons, de grâce, au point que je désire.
D. BERTRAND
Quoi, vous auriez encor quelque chose à me dire .
D. FÉLIX
Oui, de fort important; j'aurai fait en deux mots.