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LES ENGAGEMENTS DU HASARD, ACTE II, SCÈNE III

ELVIRE

Ce serait m'obliger.

D. FADRIQUE.

J'y mets toute ma gloire.

ELVIRE, bas à Célie,

Oyons ce que de moi don Fadrique ose croire.

D. FADRIQUE.

Six jours sont écoulés depuis Theureux moment Qui d'un si rare amour fut le commencement. Sur les Ijords de ce fleuve, où chaque jour nos dames Allant prendre le frais, font naître mille flammes, Je rêvais à l'écart, quand je perds mon repos, Recevant un billet où je trouve ces mots : « Touchant quelques secretsque don Fadrique igno- Une dame demain doit l'attendre en ce lieu ; [re. Qu'il s'y rencontre seul au lever de l'aurore, S'il est aussi discret que généreux. Adieu. » 0 combien de ce jour dans mon impatience. Par mes vœux redoublés hâtai-je la naissance! 11 parait, et suivi seulement d'un valet, Je cours me rendre au lieu que marquait le billet. Où, suivant sa promesse, une belle inconnue Quelques moments après se présente à ma vue. Je dis belle et charmante, encorque ses beaux yeux Eussent peine à braver un voile injurieux. Qui me cachant le reste en cette conjoncture. D'un pinceau bien adroit m'en faisait la peinture : Car enfin, et la mine, et la taille, et le port, Pourtriompherd'uneàme,ontuncharmeasse2fort; Et l'amour dans nos cœurs assez souvent s'allume, Moins parce que l'on voit, que parce qu'tn présume. Tout confus je l'aborde, et ma sincérité S'eff'orçait de paraître en ma civilité. Quand me voyant surpris: « Don Fadrique, dit-elle, Cette façon d'agir vous semblera nouvelle ; Mais avant qu'il soit peu, si vous êtes discret. Vous en pourrez savoir le mystère secret. Je vous cherche et veux bien vous faire cette grâce: Par elle j'apprendrai ce qu'il faut que je fasse, Et selon, bien ou mal, que vous en userez. Chaque jour en ce lieu vous me rencontrerez. » A ces mois, je lui jure entière obéissance. Par un vœu solennel je m'engage au silence : Ainsi, depuis six jours son charmant entretien Fait et tous mes plaisirs, et mon souverain bien ; Cette entrevue ainsi jusqu'ici continue.

Mais toujours même soin et môme retenue; Mes plus profonds respects ne peuvent l'obliger A croire qu'on m'apprend un secret sans danger : J'ai beau la conjurer de montrer son visage, Ma prière au refus obstinément l'engage; Et quelque soit le bien dont j'ose me flatter. J'en perds la jouissance à la précipiter. Dans ce désordre enfin m'étant lassé de vivre. Je me suis aujourd'hui résolu de la suivre; Mais à peine après elle ai-je fait quelques pas...

céLlR, à D, César, Monsieur, un inconnu vous demande là-bas.

D. céSAR, à EMre, Hé bien, fut-il jamais rencontre plus galante?

CÊLIE.

Il presse fort, monsieur; l'afl'aire est importante.

D. CÉSAR, à D, Fadrittue.

Je vous laisse achever ce récit à ma sœur.

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