L'AMOUR A LA MODE, ACTE 1, SCÈNE IV
ORONTE
Mon déplaisir, Clilon, ne va jamais plus loin. Si l'une me trahit, l'autre me tient parole, Et j'ai, dans mon malheur, toujours qui m'en con- Cest là l'utilité d'aimer en divers lieux. [sole.
CLrroN.
Hylas, tant qu'il vécut, ne l'entendit pas mieux.
ORONTE
Son humeur et la mienne ont quelque différence; ] »me tant que l'on m'aime, et n'ai point d'incon-
[stance :
Mais quand, par un caprice, on songe à me quitter. Je suis trop mon ami pour m'en inquiéter; Je vois ce changement sans que mon cœur s'irrite, El remplace aisément la part qu'on m'en raquitte. Ainsi je vis teureux : tant payé que tenu.
CLITON
Votre cœur, à ce compte, est d'un bon revenu?
ORONTE
Tel qu'il est, de beaucoup il attire l'envie. Mais j'en dois la moitié tout au moins à Lucie.
CLITON
En ceci le partage est un étrange point, DoDneile tout entier, ou ne le donnez point. Voire flamme autrement sera mal écoutée, El Lucie agira comme a fait Dorotée.
k n'ai pas lieu d'en craindre un pareil traitement, Lucie agit toujours avecque jugement.
Sa conduite est réglée, elle est modeste et sage, El le plus défiant n'en prendrait pas ombrage; Je trouve seulement en elle un grand défaut.
CLITON
Quel est-il?
ORONTE
Elle m'aime un peu plus qu'il ne faut.
CLITON
El ce défaut est grand?
ORONTE
Il est des plus notables, Les querelles d'amour sont querelles aimables : H est beau que l'objet qui nous tient sous sa loi Quelquefois à dessein soupçonne notre foi. C'est par là qu'en nos cœurs l'amour se fortifie, Il semble qu'il renaît quand il se justifie, [duit, Quelque désordre en nous qu'un reproche ait pron trouve un doux remède au pardon qui le suit; Qodque faveur nouvelle aussitôt l'accompagne. Et jamais l'accusé n'y perd tant qu'il y gagne, lais lorsque d'un amant on remplit les souhails, Commeronvitsansguerre,onnefaitpointdepaix; L'amour triste et pensif va son train ordinaire, Servant par habitude on perd tout soin de plaire, Poiotde délicatesse, et pour qui vit ainsi, [aussi,» (Test toujours, « Vous m'aimez, et je vous aime Oui ne haïrait point ces grossières pratiques?
CLITON
Vous y savez, monsieur, d'admirables rubriques, P^ur y raffiner tant vous avez bien rêvé.
FLORAME, ORONTE, CLrfON.
FLORAMB.
Ami, je suis heureux de vous avoir trouvé. Je vous cherchais partout.
ORONTE
Que veut de moi Florame ?
FLORAMB.
Vous découvrir enfin les secrets de mon âme.
ORONTE
C'est intrigue d'amour?
FLORAME
Vous l'avez deviné.
Par mon père à l'hymen je me vois destiné. Et quoique je lui montre une âme irrésolue, L'affaire de sa part en secret est conclue : La personne est aimable, et d'illustre maison. Mais une autre beauté captive ma raison, Etquoiqu'un grand obstacle à cette amours'oppose. Mon cœur n'est plus à moi si Lucie en dispose.
ORONTE
Lucie?
FLORAME
Avec raison vous vous en étonnez.
CLITON, bas.
Voilà mon galant homme avec un pied de nez.
FLORAME
Cette vieille froideur qui m'éloigne du frère. Semble ôler à la sœur les moyens de me plaire : Mais qu'on s'obstine en vain à rejeter la loi De qui pour souverain ne reconnaît que soi 1 L'amour par tyrannie obtient ce qu'il demande. S'il parle, il faut céder, obéir s'il commande; Et ce Dieu, tout aveugle et tout enfant qu'il est. Dispose de nos cœurs quand et comme il lui plaît; Ainsi, malgré l'effort d'une haine endurcie. Je n'ai pu résister aux charmes de Lucie, Quoique pour arriver au but où je prétends, Mon espoir le plus doux soit d'espérer au temps.
ORONTE
Sans doute que d'Éraste il lèvera l'obstacle. Il fait de plus grands coups.
FLORAMK.
J'en attends ce miracle.
Cependant chez Lucie un secret rendez-vous Ce soir offre à ma flamme un entretien fort doux. Sa suivante au signal me doit ouvrir la porte : Ce lieu m'étant suspect, daignez m'y faire escorte ; Aurez-vous ce loisir?
ORONTE
Oui, je vous le promets, Pour servir un ami je n'en manque jamais.
FLORAME
Je VOUS prendrai chez vous.