‹ Théatre completChapitre 195 sur 1461 · SCÈNE V ORONTE, CLITON · texte numérisé non relu

SCÈNE V ORONTE, CLITON

CLITON

Elle est modeste et sage, Et le plus défiant n*en prendrait pas ombrage. Sa conduite est réglée, et sans ce grand défaut Qui la fait vous aimer un peu plus qu'il ne faut. Elle serait féconde en qualités exquises.

ORONTE

Tu vas tout de nouveau débiter cent sottises.

CLITON

Jamais d*un autre amant elle ne fit de cas ! Dites encor, monsieur, que vous n'enragez pas.

ORONTE

A quel sujet ?

CLITON

Pourquoi déguiser de la sorte?

Vous enragez, vous dis-je, ou le diable m'emporte. Yerriez-vous sans dépit deux amours à vau-l'eau?

ORONTE

Leur perte à mon humeur offre unjeu tout nouveau. Et dès que je verrai Dorolée ou Lucie...

CLITON

Quoi, vous leur parlerez?

ORONTE

Oui, j'en brûle d'envie :

C'est là que je prétends étaler à leurs yeux Ce que Tart de se plaindre a de plus curieux; Les soupirs seuls alors auront pour moi des charmes, S'ilsfonttrop peud'efTet, j'aurai recoursaux larmes. Mille sanglots confus feront mon entretien ; Mais j'aurai beau gémir, mon cœur n'en saura rien. Et feignant qu'en la mort j'espère un prompt remè- Je verrai sans douleur qu'un autre les possède, [de,

CLITON

Pourvousvoiràtouteheure,onnevousconnattpas.

ORONTE

Un peu de patience et tu me connaîtras : Cependant ce quartier ne m'est pas si funeste. Que je n'y sache encore où jouer de mon reste.

CLITON

Et vous pensez trouver qui vous écoutera?

ORONTE

Oui, Cliton, avec joie, et quand il me plaira. Certaine brune hier trouvée aux Tuileries Servit longtemps d'objet à mes galanteries; Nous fîmes connaissance, où je fus assez sot D'offrir un diamant dont on me prit au mot; El toute la faveur que j'obtins de la belle, Fut d'agréer ma main pour la mener chez elle,

CLITON

Et VOUS entrâtes?

ORONTE

Non, par certaine raison Je dus me contenter d'avoir su sa maison. Mais aujourd'hui, Cliton, elle attend ma visite, Et me voudra du mal si je ne m'en acquitte.

Viens, suis-moi, ce détour nous cache son logis.

Avant que d'avancer, encore un mot d'avis. Elle est gaie?

ORONTE

A ravir.

CLITON

Et s'appelle?

ORONTE

Lisette.

CLITON

Passez votre chemin, votre visite est faite.

ORONTE

Maraud.

CLITON

Passez, vous dis-je, et n'y prétendez rien; Personne n'a qu'y voir.

ORONTE

Pourquoi?

CLITON

Je le sais bien.

ORONTE

Mais elle m'a promis qu'aujourd'hui...

C'est adresse.

ORONTE

Tu la connais donc bien ?

CLITON

Que trop ; c'est ma maîtresse.

ORONTE

Elle est vêtue en dame I

CLITON

A mon plus grand regret.

Ses beaux habits, monsieur, mangent mon petit

[fait; Etcomme à plusfournirmabourse est impuissante, D'aujourd'hui seulement elle sert de suivante.

ORONTE

Chez qui?

CLITON

C'est dont ce soir je dois être averti. Il est bon cependant que vous preniez parti. Car si tout votre espoir en Lisette se fonde, Soyez sur que pour vous il n'en est plusau monde; Votre cœur est vacant, et par provision Vous le pouvez louer s'il s'offre occasion.

ORONTE

Malgré le rude coup que ce succès lui porte, Tu le verras bientôt brigué de bonne sorte.

CLITON

Il peut de mille vœux se voir importuné. Mais qui n'en croira rien ne sera pas damné. Ne me vantez plus tant désormais vos adresses, [ses, Ce matin même encor vous comptiez trois maîtres- Qu'il semblait que pourvousl'amourpoussàtàbout, Et voilà qu'un moment a fait rafle de tout.

ORONTE

Il ne faut pas toujours juger sur l'apparence.

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