SCÈNE V ORONTE, CLITON
CLITON
Elle est modeste et sage, Et le plus défiant n*en prendrait pas ombrage. Sa conduite est réglée, et sans ce grand défaut Qui la fait vous aimer un peu plus qu'il ne faut. Elle serait féconde en qualités exquises.
ORONTE
Tu vas tout de nouveau débiter cent sottises.
CLITON
Jamais d*un autre amant elle ne fit de cas ! Dites encor, monsieur, que vous n'enragez pas.
ORONTE
A quel sujet ?
CLITON
Pourquoi déguiser de la sorte?
Vous enragez, vous dis-je, ou le diable m'emporte. Yerriez-vous sans dépit deux amours à vau-l'eau?
ORONTE
Leur perte à mon humeur offre unjeu tout nouveau. Et dès que je verrai Dorolée ou Lucie...
CLITON
Quoi, vous leur parlerez?
ORONTE
Oui, j'en brûle d'envie :
C'est là que je prétends étaler à leurs yeux Ce que Tart de se plaindre a de plus curieux; Les soupirs seuls alors auront pour moi des charmes, S'ilsfonttrop peud'efTet, j'aurai recoursaux larmes. Mille sanglots confus feront mon entretien ; Mais j'aurai beau gémir, mon cœur n'en saura rien. Et feignant qu'en la mort j'espère un prompt remè- Je verrai sans douleur qu'un autre les possède, [de,
CLITON
Pourvousvoiràtouteheure,onnevousconnattpas.
ORONTE
Un peu de patience et tu me connaîtras : Cependant ce quartier ne m'est pas si funeste. Que je n'y sache encore où jouer de mon reste.
CLITON
Et vous pensez trouver qui vous écoutera?
ORONTE
Oui, Cliton, avec joie, et quand il me plaira. Certaine brune hier trouvée aux Tuileries Servit longtemps d'objet à mes galanteries; Nous fîmes connaissance, où je fus assez sot D'offrir un diamant dont on me prit au mot; El toute la faveur que j'obtins de la belle, Fut d'agréer ma main pour la mener chez elle,
CLITON
Et VOUS entrâtes?
ORONTE
Non, par certaine raison Je dus me contenter d'avoir su sa maison. Mais aujourd'hui, Cliton, elle attend ma visite, Et me voudra du mal si je ne m'en acquitte.
Viens, suis-moi, ce détour nous cache son logis.
Avant que d'avancer, encore un mot d'avis. Elle est gaie?
ORONTE
A ravir.
CLITON
Et s'appelle?
ORONTE
Lisette.
CLITON
Passez votre chemin, votre visite est faite.
ORONTE
Maraud.
CLITON
Passez, vous dis-je, et n'y prétendez rien; Personne n'a qu'y voir.
ORONTE
Pourquoi?
CLITON
Je le sais bien.
ORONTE
Mais elle m'a promis qu'aujourd'hui...
C'est adresse.
ORONTE
Tu la connais donc bien ?
CLITON
Que trop ; c'est ma maîtresse.
ORONTE
Elle est vêtue en dame I
CLITON
A mon plus grand regret.
Ses beaux habits, monsieur, mangent mon petit
[fait; Etcomme à plusfournirmabourse est impuissante, D'aujourd'hui seulement elle sert de suivante.
ORONTE
Chez qui?
CLITON
C'est dont ce soir je dois être averti. Il est bon cependant que vous preniez parti. Car si tout votre espoir en Lisette se fonde, Soyez sur que pour vous il n'en est plusau monde; Votre cœur est vacant, et par provision Vous le pouvez louer s'il s'offre occasion.
ORONTE
Malgré le rude coup que ce succès lui porte, Tu le verras bientôt brigué de bonne sorte.
CLITON
Il peut de mille vœux se voir importuné. Mais qui n'en croira rien ne sera pas damné. Ne me vantez plus tant désormais vos adresses, [ses, Ce matin même encor vous comptiez trois maîtres- Qu'il semblait que pourvousl'amourpoussàtàbout, Et voilà qu'un moment a fait rafle de tout.
ORONTE
Il ne faut pas toujours juger sur l'apparence.