LES ENGAGEMENTS DU HASARD, ACTE II, SCÈNE Y
Car, quel que soit l'espoir dont vous flattiez votre
[âme, Quelle gloire aurez-vous à tromper une femme?
D. FADaïQUB.
Mol, la tromper, madame? Ahl Ne présumez pas Qae je forme un dessein si honteux et si bas. Elle aura sur mon cœur une entière puissance: Et si d*un premier feu j'ai peint la violence. Sachez que j'ai voulu vous tirer seulement D'une erreur que votre âme embrasse aveuglément, Etparlà vous donner une preuve assez claire Qae je sais comme il faut et brûler et me taire : Non que ce bel objet, non que ce premier feu Sor mes sens étonnés n'agisse encore un peu. Pour mieux forcermon cœurd'aimer une inconnue, Tâodis qu'elle m'estime indigne de sa vue. Je m'en fais un tableau pour flatter mes malheurs, Dont ce premier objet me fournit les couleurs. Sous son voile importun je crois voir ce visage Qui par des traits si doux à tant d'amour m'engage, Cet œil vif et perçant, dont le brillant éclat Sait triompher sans force, et vaincre sans combat; Cette noble fierté que la charmante Elvirc...
ELVIBE.
0 ciel ! Que dites-vous ?
D. FADRIQUE.
Plus que je n'ai cru dire :
Maïs enfin je l'ai dit, et ne puis plus celer Le beau feu dont pour vous l'amour me fait brûler : Ne craignez rien pourtant d'une flamme si belle, Elle règne en mon cœur, mais je règne sur elle. Si j'ose en soupirant former quelques désirs. Mon espoir le plus doux meurt avec mes soupirs. Don Lope a du mérite, il est le choix d'un frère, Et douter qu'il vous plût ce serait vous déplaire.
ELVIRE
Du moins c'est m'ofifenser que de croire aujourd'hui Que mon cœur pour aimer prenne l'ordre d'autrui ; Cependant pour soufTrir un reproche semblable, Ma curiosité n'était pas si blâmable.
Et c'est trop la punir que de feindre un amour Dont le railleur aveu n'est permis qu'à la cour.
O. FADRIQUE.
Moi feindre I Moi railler! Ahl Croyez, je vous prie.
ELVIRE
De grâce, bornez là votre galanterie, Et souffrez qu'obligée à des termes si doux, Par un juste conseil je m'acquitte avec vous. Cessez de publier qu'une dame elle-même. Pour vous entretenir, use de stratagème : Le sachant, don Fadrique, elle doit vous quitter, Et conter ses faveurs c'est mal les mériter : Songez-y. Je vous laisse.
D. FADRIQUE.
Ah ! cruelle vengeance !
ELVIRE, derrière une tapisierie.
Tâchons à découvrir de ce lieu ce qu'il pense.
D. FADRIQUE, teul.
Hélas ! Que m'a servi d'avoir parlé d'un feu
Qui parait à ma honte, et la touche si peu? Car enfin elle apprend que je brûle pour eUe, Et me donne un conseil qui me rend infidèle : Suivons-le ce conseil, et, sans plus soupirer, Espérons, puisqu'ailleurs je puis tout espérer : L'amour d'une inconnue à mes vœux assurée, Éteindra...